Convaincre les Québécois

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Les employés du secteur public ont déposé des demandes salariales qui tenaient plus de l'illusion que de la réalité du Québec de 2014. Comme s'ils vivaient en vase clos. Sur trois ans, 13,5% n'a aucun sens... sauf en période de forte inflation.

Le gouvernement Couillard a répliqué à cela, lundi, avec une proposition tout aussi inacceptable: deux années de gel, puis trois an à 1% d'augmentation.

Les Québécois ont beau se dire que ces ouvertures ne sont que les premiers gestes d'un processus de négociation, que chacune des parties présente la situation à son avantage et qu'elles finiront bien par se retrouver quelque part entre les deux - pas nécessairement au milieu -, l'écart qui sépare l'État de ses employés est abyssal. Et cela augure très mal pour la suite des choses.

Par méconnaissance ou généralisation, les contribuables estiment que tous les fonctionnaires sont bien payés, en plus de compter sur des régimes dorés d'assurance collective et de retraite. Il est vrai qu'au fédéral, ils sont grassement rétribués. Qu'au municipal, plusieurs se sont négociés d'avantageux régimes de retraite (auxquels s'attaquent la Loi 3, justement).

Les employés de l'État québécois sont donc les moins nantis du triumvirat public.

Pour vous en convaincre, la situation géographique d'Ottawa-Gatineau offre une perspective unique et révélatrice. Regardez l'attrait que les hôpitaux ontariens présentent pour les employés de la santé de l'Outaouais. La saignée n'est pas qu'accidentelle ou le fruit du hasard.

Quand les professeurs, fonctionnaires, infirmières et autres du Québec ont présenté des demandes salariales de 13,5% sur trois ans, ils espéraient collectivement effectuer un évident rattrapage de leurs conditions de travail. Mais ils ont choisi un bien mauvais moment pour verbaliser leurs espoirs. Le nouveau gouvernement majoritaire de Philippe Couillard s'est mis en tête de revenir à l'équilibre budgétaire rapidement. Depuis quatre mois, il a démontré une urgence d'agir téméraire, parfois insensible. Les structures de l'État sont rapidement bousculées comme jamais auparavant et il y a des mécontents partout.

Ce n'était pas le temps d'en rajouter d'autres en insultant les fonctionnaires québécois ainsi. Car il y a peu d'autres qualificatifs pour des offres de 0, 0, 1, 1 et 1%. En plus de reculs injustifiés au plan des retraites.

Notez qu'à la troisième année de ce contrat, les finances publiques du Québec devraient être revenues à l'équilibre depuis plusieurs mois. M. Couillard a même déjà laissé miroiter des cadeaux fiscaux aux Québécois qui seront alors - nous serons en 2018 - à la veille d'une année électorale.

Alors non seulement le président du Conseil du Trésor, Martin Coiteux, leur propose un carcan de 1% cette année-là alors que Philippe Couillard espère délier les cordons de sa bourse, il veut attacher les fonctionnaires pour une année de plus.

Voilà un camouflet que M. Coiteux devrait vite ranger dans ses cartons.

Mardi, le gouvernement a commencé ses rencontres avec chaque groupe professionnel. Et dans les cas des enseignants, le régime minceur financier s'accompagnerait de reculs sur plusieurs autres plans: plus d'élèves par classe, plus de classes jumelées, plus d'élèves en difficulté par professeur, etc.

Là, le gouvernement Couillard rompt ses propres engagements de vouloir épargner les services à la population. Ce n'est pas vrai que l'exercice de rigueur budgétaire met les Québécois à l'abri de services réduits.

Les troupes de Philippe Couillard en brassent large cet automne. Là, ils s'attaquent aux services sans avoir le courage de le dire.

Le premier ministre doit redresser la barque et expliquer clairement aux Québécois ce qu'il est en train de faire, et ramener sur Terre ses ministres trop ambitieux. Il a un devoir pédagogique de conviction à faire, sinon 2015 pourrait ramener des protestations vécues au Printemps érable. Et ce serait une grave erreur.

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