Pour un moratoire

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Le rapport du BAPE sur l'exploitation du gaz de schiste au Québec est la plus récente étude approfondie qui suggère qu'il ne serait pas prudent d'aller de l'avant à ce chapitre. Le gouvernement de Philippe Couillard doit écouter la voie de la sagesse et de la prudence et adopter un moratoire d'au moins cinq ans sur cette ressource.

Le Bureau des audiences publiques sur l'environnement a complété un volumineux rapport sur cette ressource. Il soulève trois arguments différents, tous pesants, pour ne pas aller de l'avant. Il y aura des conséquences environnementales importantes : hausse des émissions de GES, détérioration de la qualité de l'air et surtout, des risques pour la qualité de l'eau. Même si cela n'empêcherait pas le Québec de respecter ses engagements internationaux à ce chapitre, la menace environnementale à long terme est importante et le recul du Québec enverrait le mauvais signal à sa population et à tous ses partenaires.

Déjà que le fédéral se balance de son bilan pour ne pas affecter économiquement les provinces productrices de pétrole des sables bitumineux, ce n'est pas le temps d'en remettre !

Le BAPE reconnaît l'importance de ce qu'elle appelle l'« acceptabilité sociale » reliée à l'extraction du gaz de schiste. Les mouvements citoyens se sont grandement mobilisés contre cela. Mais il y a plus que le non très clair des groupes d'environnementalistes et de militants de tout acabit : de façon générale, la population du Québec considère cette ressource avec suspicion. Elle croit, avec justesse, que la perspective de création de plusieurs milliers d'emplois n'équivaut pas - pour le moment du moins - le risque de polluer l'eau de millions de citoyens.

Le gouvernement Couillard a déjà suffisamment irrité de Québécois avec ses nombreuses réformes depuis quatre mois sans rajouter la fureur populaire qui pourrait se déchaîner en donnant un feu vert à l'industrie du gaz de schiste.

L'industrie avance que les risques de pollution des nappes d'eaux souterraines ne se sont pas matérialisés là où il y a eu extraction. Mais au Québec, la zone de potentiel de gaz de schiste longue le fleuve Saint-Laurent, là où habite la majorité des Québécois. Pas dans des régions rurales où les conséquences localisées sont potentiellement moins importantes.

Le troisième argument concerne la rentabilité de cette extraction. Il y a présentement des milliers de sites d'exploitation qui sont en développement. Si le cours du pétrole chute depuis quelques mois, il s'agit là d'un facteur conjoncturel qui pourrait être totalement différent dans six, 18 ou 36 mois. Mais la perspective que plusieurs autres gisements d'importance provoquent à moyen ou long terme une surabondance de la ressource suggère que tout investissement dans le domaine serait hautement spéculatif.

Ce rapport du BAPE donne tout à fait l'impression d'être le dernier clou dans le cercueil de ce secteur industriel naissant. En février, une première évaluation environnementale suggérait que le contexte n'y était « pas favorable ».

En mai, c'était au tour du Conseil des académies canadiennes de fournir un avis négatif... à la demande expresse du ministre fédéral de l'Environnement. Vraisemblablement, le gouvernement Harper ne s'attendait pas à ce verdict qui va à l'encontre de ses politiques de laissez-faire environnemental car il ne l'aurait pas demandé. Ce conseil de spécialistes a souligné les mêmes risques potentiels : contamination de l'eau, émission de gaz à effet de serre, impacts négatifs sur le territoire (déforestation, menaces à l'agriculture, espèces animales et végétales), pollution de l'eau et de l'air.

Cela dit, ce n'est pas parce que l'exploitation du gaz de schiste est ponctuée de risques en 2014 que le gouvernement devrait y fermer la porte pour toujours. L'idée d'un moratoire parlait d'une durée de cinq ans. Cela semble un minimum raisonnable. Cela laissera à l'industrie et à la science quelques années pour perfectionner ses méthodes et ses mesures de sécurité, et procurera une période de temps suffisante pour que le cours du pétrole se rajuste.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer