Du hockey sur les plaines

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Les amateurs de hockey ne sont pas près de voir les Sénateurs d'Ottawa dans un nouvel amphithéâtre qui serait érigé sur les plaines LeBreton. Mais si l'idée suscite tant de réactions, c'est qu'elle viendrait corriger une faute de l'histoire du développement urbain et s'inscrirait dans la logique des mouvements de population dans la capitale.

Afin d'être pleinement accessibles au plus grand nombre, les grandes institutions où se retrouve le peuple doivent choisir des lieux propices pour celui-ci. Ce n'est pas le cas du domicile des Sénateurs, le Centre Canadian Tire.

Il faut se reporter à la fin des années 1980 pour comprendre pourquoi la mauvaise décision a été prise de construire l'amphithéâtre à Kanata. En 1989, le promoteur immobilier Bruce Firestone lance l'idée qu'Ottawa pourrait joindre les rangs de la Ligue nationale de hockey. Il possède de vastes terres agricoles en friche dans l'ouest d'Ottawa, le long de l'autoroute 417. M. Firestone, qui ne manque ni d'imagination ni de cran, estime qu'il peut financer l'achat d'un club de la LNH en faisant exploser la valeur de ces terrains ; pour cela, il doit convaincre le gouvernement de les dézoner afin d'en permettre le développement immobilier. Il réussira au terme de très longs délais. Mais entre-temps, un ralentissement économique en partie imputable à l'instauration de la TPS en 1991 et les frais astronomiques de 50 millions $ US exigés par la LNH ont raison de M. Firestone et de son rêve d'un nouveau secteur de Kanata qu'il envisageait. Presque ruiné, il cède le tout à Rod Bryden, un maître du financement d'entreprises par capitalisation spéculative qui soutiendra le club jusqu'à ce que lui aussi épuise ses ressources, 10 ans plus tard.

Le lieu du Centre Canadian Tire n'a donc pas été choisi en fonction des besoins d'Ottawa ou de ses clients, mais pour des raisons strictement spéculatives. Le maire d'Ottawa à l'époque, Jim Durrell, applaudit la venue des Sénateurs, peu importe le site choisi pour la patinoire.

L'idée que les Sénateurs puissent disputer leurs matches au centre-ville est maintes fois évoquée à l'époque. Mais la Commission de la capitale nationale, dirigée alors avec une main de fer par Jean Pigott, ferme la porte à toute ouverture concernant les plaines LeBreton. Elle y voit « une institution d'envergure nationale »... et deux décennies plus tard, outre le Musée de la guerre, le terrain est encore sous-développé.

Il n'empêche que les plaines LeBreton ont toujours été l'un des sites les plus propices pour accueillir un amphithéâtre. Il est situé sur un axe linéaire avec les coeurs d'Ottawa que sont le marché By et les édifices du Parlement, près du futur train léger. Il se trouve à un jet de pierre de Gatineau.

La possibilité d'un déménagement du secteur Kanata jusqu'au coeur de la capitale possède un gros atout et un gros défi.

L'atout réside dans la vision que le gouvernement conservateur et John Baird, ministre responsable de la région, ont du développement immobilier et de la capitale. Ils ne s'embarrassent pas de ces grands rêves d'une « Capitale » d'envergure nationale ; ce sont des pragmatiques qui ne s'embêtent pas des vaches sacrées. Voyez comment vite M. Baird a permis à l'hôpital Civic de mettre la main sur 60 acres de terres jusqu'ici inviolables de la Ferme expérimentale ! Ce dernier ne s'est d'ailleurs pas opposé à l'idée d'une nouvelle vocation pour les plaines LeBreton...

Le défi, c'est de trouver les 250 millions $ pour ériger un nouvel amphithéâtre alors que le Centre Canadian Tire, qui n'a que 18 ans, ne montre pas de signes d'usure prématurée. Le propriétaire des Sénateurs et de la patinoire, Eugene Melnyk, ne nage plus dans l'argent comme auparavant. D'autres partenaires du secteur privé devront être au rendez-vous.

Enfin, dernière considération, Gatineau aurait-elle autant besoin d'un Centre multifonctionnel à 5000 sièges si un amphithéâtre venait s'installer à sa porte ?

Tout cela est encore bien hypothétique. Mais l'idée a du sens, bien du sens.

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