Les vieux réflexes

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La bisbille qui a marqué l'assemblée d'investiture libérale dans la circonscription d'Orléans illustre que les partis politiques peinent à adopter des réflexes plus démocratiques. Les vieilles habitudes sont difficiles à ranger au placard.

Dans ce coin de l'est d'Ottawa, l'ex-général à la retraite Andrew Leslie a remporté une course incontestée, samedi, parce que son seul adversaire, l'avocat David Bertschi, a été écarté de la course peu avant.

Les codirecteurs de la campagne nationale du Parti libéral du Canada, Katie Telford et Daniel Gagnier, l'ont avisé qu'il n'avait pas «le feu vert» d'un comité d'approbation des candidats à l'investiture. Sans autre adversaire, M. Leslie avait le champ libre.

À une autre époque, et même il n'y a pas si longtemps, cet ancien haut gradé des Forces canadiennes aurait simplement été parachuté. Il aurait été le candidat vedette imposé par l'exécutif national à l'Association libérale d'Orléans. Des parachutés, il y en a toujours eu. Rappelons-nous de Marcel Massé, dans Hull-Aylmer, en 1993, qui s'était fait servir sur un plateau d'argent une place convoitée par Tony Cannavino et Pierre Chénier. (M. Cannavino s'est présenté comme indépendant et M. Chénier, sous la bannière des progressistes conservateurs. M. Massé a devancé un autre ex-libéral, Gilles Rocheleau, passé au Bloc québécois.)

Mais Justin Trudeau a annoncé l'an dernier son intention de mettre fin à la pratique des candidats vedettes parachutés dans des circonscriptions où ils ne sont pas toujours les bienvenus. Des candidats locaux attendent souvent une ouverture et sont amers de voir quelqu'un d'autre imposé par «la centrale».

Cette nouvelle ère de démocratie locale connaît des ratés, de toute évidence.

David Bertschi était un candidat honorable, avec de profondes racines dans le secteur, parfaitement bilingue. Mais il a failli en 2011 dans sa quête de regagner Orléans des mains de Royal Galipeau, estimé vulnérable dans cette circonscription à l'histoire très libérale.

Puis M. Bertschi s'est naïvement lancé dans la course à la direction du Parti libéral quelques mois plus tard, concours que Justin Trudeau a remporté facilement. M. Bertschi s'est retiré avant la fin.

Vengeance de M. Trudeau? Estimation que M. Bertschi ne méritait pas une autre chance contre M. Galipeau? La seconde analyse semble plus probable.

Mais comme M. Bertschi s'est entêté, le Parti libéral s'est retrouvé avec un problème sur les bras. Comment concilier le valeureux engagement de Justin Trudeau avec les ambitions et l'analyse partiale d'un obscur comité? Le parti a donc invoqué une vieille dette de M. Bertschi de l'époque de sa course à la direction pour l'écarter de la course à l'investiture.

Certains militants libéraux autour de David Bertschi, et peut-être bien M. Bertschi lui-même, ne l'ont pas digéré. Ils se sont présentés à l'investiture, samedi, un processus qui devait prendre l'allure d'un couronnement pour un héros de guerre. Les choses ont dégénéré, des cris de protestation ont fusé, deux militants ont failli en venir aux coups. Et le couronnement, auquel participait le gratin libéral de la région - Madeleine Meilleur, Mauril Bélanger et compagnie - a été escamoté à la faveur d'une querelle interne.

Il y avait un absent de taille à l'investiture: Justin Trudeau... qui devait pourtant y être. Il est sagement resté à l'écart de la bisbille, même si c'est lui qui l'a provoquée.

Il est facile de dire, a posteriori, que le parti aurait dû laisser David Bertschi affronter Andrew Leslie. Ce dernier est convaincu qu'il l'aurait emporté. Peut-être.

Orléans n'est pas la seule circonscription où les aspirations d'une nouvelle démocratie libérale se heurtent avec les volontés locales.

Dans les rangs conservateurs aussi, les plans de certains se choquent avec le discours d'une politique transparente. L'ex-porte-parole Dimitri Soudas s'est activé en coulisse pour favoriser son amie de coeur, la députée Eve Adams, qui aurait souhaité changer de circonscription.

Difficile de se débarrasser de ses vieux réflexes!

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