Richesse et générosité

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

La grande guignolée des médias peine à s'approcher de son objectif; la générosité s'essouffle quand la société est morose.

Pendant ce temps, les banques canadiennes ont généré collectivement des profits de 34 milliards$ en 2014, et ils n'arrêtent pas de grimper à chaque année; voilà un secteur des affaires qui n'a pas été affecté par la récession depuis 2008!

L'idée n'est pas de tomber sur le dos des institutions financières. Pendant la récente crise économique, le Canada a profité de pouvoir compter sur un secteur bancaire aux reins solides. Par ailleurs, les banques ne font pas tout cet argent sur le dos des consommateurs; en réalité, ce n'est qu'environ le quart alors que l'essentiel des surplus est généré dans d'autres activités, notamment les opérations à l'étranger.

Mais ces vastes profits servent tout de même à illustrer le profond fossé qui ne fait que s'élargir entre riches et pauvres au Canada.

Les Canadiens se sont longtemps laissés dire que la prospérité des années de l'après-guerre réduirait cet écart. Qu'il réduirait comme peau de chagrin avec la social-démocratie du Parti québécois. Que l'an 2000 amènerait une réelle société des loisirs où des robots abattraient le gros du travail des hommes pendant qu'ils se reposeraient, comblés par Liberté 55.

Soixante-quinze ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'écart existe toujours. Certes, il y a beaucoup moins de pauvreté abjecte, de familles jetées sur le trottoir. Le Canada et le Québec se sont donnés divers filets sociaux: l'assurance-emploi, l'aide sociale, les soins de santé gratuits et les pensions des aînés sont les principaux. D'autres sont moins évidents à première vue, mais bonifient le quotidien de bien d'autres. Notons les régimes de retraite privés et publics qui bonifient les aides de l'État, l'assurance-automobile, le logement social, l'accès facilité au crédit, etc.

La prospérité de l'après-guerre a énormément aidé, tout comme les gouvernements de centre-gauche (comme celui du PQ sous René Lévesque). L'informatisation n'a pas éliminé le besoin de force de travail des gens, elle ne l'a que transformé.

Et la pauvreté existe toujours. Autour du marché By, à Ottawa, la mendicité est un problème profond que les autorités municipales, de santé publiques et les organismes d'aide aux démunis ne réussissent pas vraiment à endiguer. La désinstitutionnalisation des gens avec des problèmes mentaux exacerbe le problème, tout comme la présence de nombreuses drogues facilement accessibles et assez abordables.

L'éclatement des familles et la baisse de la pratique religieuse, notamment, ont effacé des repères qui prévenaient bien des dérapages. Si la prospérité collective a grossi les rangs de la classe moyenne, elle a aussi rendu le logement abordable une utopie lointaine pour trop de familles. Les taudis sont encore leur dernier refuge et les repas, trop souvent pris dans les soupes populaires. Les banques alimentaires tentent péniblement de faire le pont entre la faim et les besoins de nutrition des démunis. Des activités comme la grande guignolée sont apparues pour aider à combler les besoins insatiables d'une société plus polarisée que jamais au plan de la richesse.

Depuis une quinzaine d'années, l'État se désengage. La social-démocratie n'est comme plus à la mode et seul quelques voix comme celles de Québec solidaire rappellent les vrais idéaux de justice sociale.

L'air du temps vogue du côté du centre-droit, de l'équilibre des finances, de la réduction des services de l'État, de l'élimination de la réglementation à tous les niveaux.

Les Canadiens sont plus friands de justice sociale que l'on ne leur fait croire sous ces gouvernements de droite, ou qui en l'essentiel des politiques. Un retour vers des valeurs plus centristes s'impose, tout comme un meilleur partage de la richesse.

Maintenant, comment en convaincre les plus fortunés et les plus prospères entreprises canadiennes... comme les banques?

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer