Une nouvelle Francophonie

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Michaëlle Jean a remporté la course à cinq pour accéder au prestigieux poste de secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie. Cette réussite personnelle, pour laquelle elle a mené une campagne très active au cours des derniers mois, est aussi celle du Canada, celle de l'Ontario, du Québec... et d'Ottawa. LeDroit a donc toutes les raisons de se réjouir.

Dans plusieurs organisations internationales comme la Francophonie, les choses s'arrangent en coulisse plutôt qu'à visage découvert. Plusieurs estiment que choisir au vote un successeur à Abdou Diouf aurait illustré, voire encouragé la division entre ces pays unis par la langue française, illustrant plutôt les fractures entre continents, blocs d'intérêts et groupes politico-économiques.

C'est donc derrière des portes closes que tout s'est décidé par quelques-uns des plus influents décideurs de la Francophonie. Cette organisation, comme d'autres, s'articule autour de conventions non écrites, de jeux d'influence. Depuis sa création, le poste de secrétaire général était toujours revenu à un Africain. Tandis que le job de premier permanent, « l'administrateur », à quelqu'un du nord ; le Québécois Clément Duhaime, depuis 2005.

En 2014, les bonzes de la Francophonie étaient confrontés à une situation particulière. Lors de la sélection en 1997, Boutros Boutros-Ghali venait de compléter un mandat à l'ONU ; il s'avérait un choix prestigieux. En 2002, M. Diouf venait de conclure peu avant 19 années à la présidence du Sénégal ; là aussi, un choix qui fait facilement consensus.

Rien de cela cette année. C'est pourquoi on chuchote que Michaëlle Jean l'a emporté par défaut, le continent africain ne réussissant à mettre ses appuis derrière un seul candidat. L'ex-gouverneure générale du Canada s'en défend bien. De toute évidence, et c'est un peu plus élégant, elle a été la meilleure candidate pour plusieurs, et la deuxième meilleure pour à peu près tous les autres. Ils ont su se rallier derrière elle, non sans arracher un autre engagement : que le futur administrateur - car M. Duhaime avait annoncé son départ diplomatique si Michaëlle Jean devait l'emporter - soit un Africain.

(Sa victoire provoque d'ailleurs plusieurs interrogations à l'Université d'Ottawa, où Mme Jean pourrait quitter son poste de chancelière après trois ans. Elle utilise aussi des bureaux de l'université pour héberger sa fondation et loger la petite équipe qui l'épaule comme envoyée spéciale de l'UNESCO à Haïti. Personne ne sait encore ce qui arrivera de ces mandats.)

Les symboles sont importants dans ces organisations internationales. Et depuis l'arrivée du gouvernement de Stephen Harper, les gains du Canada sur la scène mondiale ont été rares. Cette victoire pour Mme Jean vient panser quelques plaies. Son passage en Ontario, sa sensibilisation aux questions franco-ontariennes via l'Université d'Ottawa, et même la question du bilinguisme de la capitale, toutes ces causes gagnent une amie à une tribune où les alliés sont précieux.

Elle est la première femme à accéder au poste ; voilà plus qu'un symbole, un défi. Certains chefs d'État et leur entourage incarnent encore des réflexes machistes et il faudra voir combien sa touche féminine aidera à dénouer des intrigues. Tout comme le fait qu'elle n'a jamais été élue pourra être considéré comme un handicap par certains.

Le rôle de la Francophonie est obscur pour la plupart des Canadiens. Ses 80 gouvernements membres partagent à des degrés divers démocratie, État de droit, environnement, paix, égalité. Certains ont besoin d'être « encouragés » à des comportements plus démocratiques, par exemple, et le français que Mme Jean maîtrise bien est le trait d'union entre eux. Davantage que les échanges culturels, la nouvelle secrétaire promet que l'économie sera aussi une valeur de la Francophonie.

Michaëlle Jean n'aura jamais eu autant de responsabilités sur les bras. LeDroit salue son succès et lui souhaite bonne chance.

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