Crédibilité

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Les émeutes ébranlent la petite ville de Ferguson, en banlieue de Saint-Louis, au Missouri. Depuis le 9 août, la population descend dans la rue pour commémorer la mort du jeune Michael Brown, abattu de six coups de feu par le policier Darren Wilson. Lundi, au terme d'une longue réflexion et analyse des faits connus autour de l'incident, les autorités judiciaires de l'État ont choisi de ne pas déposer d'accusations contre ce dernier. Cela a remis le feu aux poudres.

La violence qui a suivi cette annonce était prévisible, même si elle est toujours regrettable. D'énormes ressources de plusieurs forces de l'ordre ont été déployées lundi, et encore davantage hier, afin de calmer la grogne populaire.

Des émeutes ont mis Ferguson à feu et à sang, au coucher du soleil, et des protestations plus pacifiques ont spontanément eu lieu dans plusieurs autres villes des États-Unis.

Ce triste événement s'embrouille autour d'historiques conflits raciaux parce que, encore une fois, la victime est de race noire et le policier est Blanc. Il n'en faut pas plus pour rappeler à la population noire américaine qu'elle est encore et toujours surreprésentée dans les prisons du pays. Cela éveille des sentiments que d'autres ne classent qu'au rang de soupçons : les Noirs sont convaincus qu'ils ne sont pas égaux face à la justice de leur pays - et qu'un président noir comme Barack Obama n'aura pas, seul, réussi à inverser cette sombre tendance.

La justice, qui devrait être aveugle, ne l'est pas dans leur pays, sont-ils convaincus. Il s'agit d'une tache sur toute la crédibilité de l'appareil de justice.

Au Canada aussi, le milieu de la justice a aussi été ébranlé récemment. Au Québec, la ministre de la Justice et députée de Gatineau, Stéphanie Vallée, a exceptionnellement demandé de rouvrir une enquête sur une bavure policière qui a causé la mort d'un enfant de cinq ans lorsqu'un véhicule banalisé a heurté celui d'un citoyen, en février 2104. De nombreux Québécois se demandaient pourquoi aucune accusation n'allait être déposée contre l'agent.

Ce n'est pas tout. La fureur populaire grogne encore dans l'affaire du Dr Guy Turcotte, qui a été blanchi de l'assassinat de ses deux jeunes enfants pour cause de « non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux ». Là aussi le public s'interroge sur les pratiques du milieu de la justice et sa confiance est fortement ébranlée.

La remise en question par certains de nos systèmes de justice, tant aux États-Unis qu'au Canada, préoccupe au plus haut point. Les citoyens doivent avoir confiance dans ces processus qui sont à la base de nos sociétés démocratiques. Il peut arriver que certaines décisions étonnent. Certaines subtilités des pratiques juridiques peuvent parfois échapper au citoyen ordinaire qui n'est pas souvent exposé à certaines coutumes juridiques qui ont évolué sur des décennies pour arriver à ce qu'elles sont aujourd'hui : parfois complexes, parfois enrobées d'un jargon hermétique.

Il peut aussi arriver que la justice se trompe. Certains condamnés ont réussi à prouver leur innocence et obtiennent réparation. Il y a des procédures d'appel pour des décisions qui méritent d'être revues. Jusqu'à la Cour suprême.

Mais les vraies erreurs judiciaires sont rares.

Moins rares que les erreurs de policiers qui ne sont, après tout, que des hommes et des femmes ordinaires qui sont placés dans des situations extraordinaires où la tension, la fatigue, les pratiques apprises et les réflexes impulsifs se mélangent dans un cocktail parfois regrettable.

Tout cela ne devrait pas nécessairement ébranler à chaque fois les fondements de notre histoire juridique. Car quelle est l'alternative ? Quel autre choix avons-nous comme société ? L'arbitraire ? La loi du plus fort ? La justice de la rue ? Le tribunal du peuple ?

Chaque fois que nous remettons en question le travail de l'appareil judiciaire, nous en minons un peu l'autorité et la crédibilité. Songeons à l'alternative avant de sauter à des conclusions hâtives ou à des jugements partiaux.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer