Un rapport inutile

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Le comité de revue des programmes du gouvernement québécois, sous la gouverne de Lucienne Robillard, a bien mal commencé son travail. Son premier rapport, rendu public dimanche, révèle un exercice dénué de tout sens politique, approximatif, simpliste.

Le rapport propose des mesures dans des domaines où le gouvernement a déjà annoncé ses intentions, comme les garderies et les transferts aux municipalités. Il suggère aveuglément de réduire le Fonds d'assurance-stabilisation en agriculture, sans tenir compte des partenaires de ce programme tripartite, les producteurs agricoles et le gouvernement fédéral. Il conseille aux libéraux de réduire l'aide aux étudiants universitaires étrangers, mais se tait sur le financement aux écoles privées.

Cela donne l'impression d'un comité qui a regardé à gauche et à droite, puis s'est rué sans grande logique sur diverses mesures qui pourraient avoir un certain effet sur les finances publiques.

Comme il s'agit d'un comité qui doit être permanent, il est compréhensible qu'il se soit gardé pour plus tard les secteurs de l'éducation et de la santé, qui vaudraient à eux seuls un rapport chacun.

Pas étonnant que plusieurs ministres concernés par certains chapitres du rapport s'en soient aussitôt distanciés. Même le premier ministre Philippe Couillard s'est fait prudent : « [La commission] fait des recommandations mais c'est le gouvernement élu qui décide. » Une autre manière de laisser comprendre que son gouvernement pourrait bien ne rien retenir de ce premier rapport.

C'est comme si le comité Robillard n'avait pas vu que le gouvernement Couillard avait déjà pris plusieurs mesures, certaines draconiennes, tout au long de cet automne noir au Québec. Tous les Québécois ont été touchés, de près ou de loin, par l'ampleur des réformes proposées en éducation, en santé, sur les finances municipales, sur les relations de travail. Et beaucoup de Québécois se questionnent sur cette stratégie libérale qui n'a certainement pas été endossée à l'élection du printemps dernier. Confronté à un déficit budgétaire de plus de 3 milliards $, le gouvernement Couillard a décidé une fois élu de l'éliminer au complet en un an. L'ampleur des efforts qu'il exige de tous provoque des cris déjà entendus à une autre époque : « On n'a pas voté pour ça ! »

L'amateurisme démontré dans cet exercice présidé par Mme Robillard n'aidera pas vraiment le gouvernement. S'il espérait que des Québécois concluent que cela aurait pu être bien pire si les mesures du rapport Robillard avaient été adoptées en bloc, c'est raté. S'il espérait que des Québécois avalent mieux celles que le gouvernement Couillard impose, c'est raté aussi. L'objectif de redresser les finances publiques est noble et devrait être poursuivi par tout gouvernement. Mais cela doit se faire avec prudence et doigté. Le gouvernement Couillard va vite, très vite, et il risque de provoquer une crise de confiance au sein de la population. C'est le message que le très respecté économiste Pierre Fortin vient de livrer.

Cet exercice d'austérité budgétaire fait presque regretter la manière que le gouvernement de Jean Chrétien avait adoptée lors de son examen de programme, en 1995. Il avait pris les premiers 18 mois de son nouveau mandat, amorcé en 1993, pour réfléchir à ce qu'il ferait. Puis, en 1995, il a profité de son budget pour présenter un exercice historique avec 45 000 coupures d'emploi dans la fonction publique et des réductions de programmes fédéraux à tous les niveaux. C'était une redéfinition du rôle de l'État, mais les Canadiens avaient été convaincus qu'un coup de barre majeur était nécessaire pour éviter une profonde décote des agences de crédit.

Le gouvernement Couillard n'a pas procédé de cette manière. Il a laissé courir des ballons d'essai pour tester des mesures, il est parti en guerre contre de puissants syndicats, il sabre dans les structures de l'État sans trop justifier l'exercice. S'il espérait avoir l'appui de son comité de revue des programmes, c'est raté.

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