Immigrer en milieu minoritaire

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Le défi économique et démographique du Canada passe par l'immigration et plus spécifiquement, leur intégration communautaire et économique. Cela est vrai pour le pays dans son ensemble, dans plusieurs communautés, et tout spécialement au sein de la société franco-ontarienne.

Ce constat est de toute évidence partagé par Graham Fraser et François Boileau, qui ont uni leurs efforts en signant un rapport conjoint plaidant pour une meilleure et plus importante immigration francophone en milieu minoritaire. Respectivement commissaire aux langues officielles du Canada et commissaire aux services en français de l'Ontario, ils sont bien placés pour apprécier les efforts nécessaires pour redonner de la vigueur aux communautés francophones minoritaires.

Ils ont constaté que sur les 250000 immigrants qui choisissent le Canada, à chaque année, bien peu optent de vivre en milieu minoritaire. Pourtant, elle a besoin d'aide pour se maintenir démographiquement, à défaut de pouvoir grandir et prospérer.

Le tandem s'est arrêté sur huit recommandations à l'endroit du fédéral et de la province de l'Ontario, afin que plus de 2% des nouveaux arrivants francophones choisissent une autre destination que le Québec.

Leur réflexion consiste à encourager les gouvernements, et tout particulièrement Ottawa, sur des manières pour stimuler l'immigration vers les communautés minoritaires, et sur les incitatifs à mettre en place.

Le commissaire Fraser rappelle que l'«on ne peut pas s'attendre à ce que les immigrants arrivent à titre d'experts dans nos juridictions constitutionnelles». Il a raison. Et cela va plus loin. Ces nouveaux Canadiens ignorent généralement les défis auxquels sont aux prises les communautés minoritaires, notamment le dispersement des populations de langue française sur un vaste territoire, ce qui dilue sa visibilité et sa présence. Un peu comme ce que l'on constate dans l'ouest d'Ottawa: des milliers d'enfants y fréquentent des écoles de langue française dans un secteur où on les voyait peu parce qu'aucun quartier n'affiche une masse critique de francophones. Cela est vrai à la fois pour le conseil catholique que le conseil public.

Premier phénomène: les nouveaux arrivants ne sont pas toujours des alliés de la cause francophone. En s'installant hors Québec, trop d'entre eux estiment qu'ils démarrent leur nouvelle vie dans un Canada anglophone. Ils n'envoient pas leurs enfants à l'école de langue française, et plusieurs ignorent même qu'elles existent. Ou, maîtrisant le français, ils estiment que l'occasion est belle pour leur progéniture d'apprendre l'anglais. Et c'est l'éducation de langue française et tous les services en français - santé, services sociaux, loisirs,etc. - qui souffrent de ce transfert linguistique.

Un second phénomène est plus délicat: les différences culturelles qui séparent les immigrants des communautés de souche. À ce chapitre, l'exemple du Québec illustre bien les tensions qui peuvent émerger, au-delà de la période d'accueil. C'est pendant le débat sur les accommodations raisonnables que les Québécois ont pris conscience que des dizaines de milliers d'immigrants de langue française étaient des musulmans, surtout d'Afrique, mais aussi de l'ancienne Yougoslavie. Quand une vague d'anti-islamisme a balayé le Québec, ce fut comme un choc. Et des tensions, jamais apparues ou bien enfouies, ont surgi. Bref, les nouveaux arrivants ne sont pas comme nous: si leur intégration leur demande des efforts, elle en demande aussi à la communauté d'accueil!

Stimuler l'immigration francophone hors Québec n'est pas qu'un train de mesures que l'État canadien n'a pas encore toutes mises en place. La prospérité d'une vie nouvelle au Canada ne passe pas que par l'intégration à la majorité, ou par l'installation dans les grandes villes. Les intéresser à la vie au sein des communautés minoritaires n'estqu'une timide première étape: le défi, par la suite, c'est de les y intégrer.»

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