Couillard et la SRC

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Le premier ministre Philippe Couillard a raté une occasion en or de rebâtir son capital politique qu'il érode à force d'imposer des compressions aux Québécois.

Des milliers d'entre eux sont sortis dans les rues du Québec (et du Nouveau-Brunswick) pour envoyer le message au gouvernement conservateur qu'ils désapprouvent les coupes importantes qu'il impose à la Société Radio-Canada.

Le fardeau est celui du fédéral. Il n'aurait rien coûté à M. Couillard de décrier ce régime minceur imposé par Ottawa. En lieu et place, le premier ministre n'a trouvé de mieux à dire qu'il « comprend les efforts de redressement budgétaire ».

Quoi ?

Le premier ministre du Québec n'a pas à « comprendre » le travail de sape que les conservateurs effectuent sur le dos du diffuseur national francophone. Il n'a pas à « comprendre » les sacrifices qu'ils imposent sur le milieu culturel francophone.

Il a d'abord à défendre la culture francophone dont les vecteurs de diffusion rétrécissent avec l'austérité financière et la main complice du patron de la SRC, Hubert Lacroix qui fait les basses oeuvres du gouvernement sans les contester.

C'est vrai que M. Couillard a de la difficulté à monter aux barricades pour affirmer le fait français, tant au Canada qu'à l'étranger. Il en a montré un piètre exemple, il y a 10 jours, en omettant de parler français lors d'une conférence internationale, en Islande. Partout, les chefs d'État doivent parler la langue officielle de leur État, même si personne ne la comprend. Tous les spectateurs devinent bien que le politicien s'adresse alors à ses concitoyens ; il s'agit d'un rite obligé dont tout le monde s'accommode par politesse.

Cette faute de jugement, M. Couillard vient de la commettre une autre fois dans le dossier de Radio-Canada. Il aurait été tellement plus simple et plus porteur auprès des Québécois qu'il entonne le refrain de la défense de Radio-Canada. Qu'il annonce son intention de soulever la question auprès de son homologue à Ottawa, Stephen Harper. Qu'il décrie l'iniquité des efforts de réduction budgétaire qui sont imposés au service français, alors que c'est davantage le service anglais de la CBC qui saigne à l'encre rouge.

Non, Philippe Couillard n'a rien dit ni rien vu de tout cela. Quel manque de sens politique !

•••

Par ailleurs, il demeure un mystère que la contestation des coupures à la société d'État ne se fasse qu'au Québec et au Nouveau-Brunswick. Qu'en pense le « Rest of Canada » ? Est-il d'accord avec les efforts de rétrécissement que les conservateurs lui imposent ?

Le mouvement de défense Radio-Canada j'y tiens\CBC, I care ! s'est récemment formé dans la région de la capitale. Il s'est donné deux coprésidents, Louise Poirier et Clive Doucet, deux ex-conseillers municipaux, respectivement de Gatineau et d'Ottawa.

La contestation ne semble pas se cristalliser au Canada anglais. Pourquoi ?

Certes, le Canada anglais a majoritairement voté pour les conservateurs lors des trois dernières élections fédérales en 2006, 2008 et 2011 (pendant que le Québec votait massivement pour le Bloc ou le NPD). Il est facile de conclure que les Anglo-Canadiens sont généralement d'accord avec la gestion du fédéral dans le dossier du diffuseur d'État. Bref, qu'ils y tiennent, mais pas tant que ça. La preuve, c'est que par leur inertie, ils approuvent tacitement que la part du financement d'Ottawa pour la SRC/CBC s'amenuise alors que son mandat prend de l'ampleur en s'imposant d'être présent pour tous, tout le temps, sur les trois plateformes que sont radio, télévision et Internet. Les pays occidentaux qui ont un réseau national le subventionnent presque tous bien plus que le Canada.

La cure minceur pouvait se comprendre au cours des dernières années, lorsqu'Ottawa luttait contre un gros déficit. Maintenant, il engrange des surplus. Il préfère saupoudrer ces dollars à des fins politiques plutôt que de renforcer les institutions canadiennes mal en point.

Philippe Couillard est en accord avec cela, comme le Canada anglais ; c'est ce que ses paroles indiquent.

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