Pourquoi tout compliquer?

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Automne bouleversant au Québec. En quelques semaines, le gouvernement Couillard a annoncé ou laissé courir les rumeurs de profondes réformes en santé, en éducation, en développement économique et régional.

Tous les Québécois, directement ou non, ont été touchés. Le tout au nom d'un effort de rééquilibrage des finances publiques. Réformer amène son lot de controverses. Parce que le changement effraie. Et parce que malgré toutes les intentions vertueuses des dirigeants, les réformes s'attaquent inévitablement à des choses que la population utilise et apprécie. C'est précisément ce qui arrive ces jours-ci avec le réseau des garderies.

Les libéraux n'avaient pas révélé leurs intentions pendant la campagne électorale. Ils s'étaient simplement opposés à la proposition du Parti québécois d'augmenter le tarif quotidien des Centres de la petite enfance de 7 à 9$. M. Couillard avait alors parlé d'un «choc tarifaire» trop important. Il suggérait plutôt une hausse similaire à l'augmentation du coût de la vie. C'est ce qu'il a fait depuis: le taux quotidien est passé de 7 à 7,30$, le mois dernier.

Mais Philippe Couillard n'avait jamais parlé de moduler les tarifs des garderies en fonction des revenus. Voilà que c'est la proposition qui est au coeur des spéculations. Le gouvernement refuse de trop en parler, affirmant qu'aucune décision n'a encore été arrêtée.

Pourtant, ce serait tout à fait le temps d'en discuter. Pourquoi ne pas saisir l'occasion? Pas besoin d'en faire une gigantesque commission parlementaire; il est moyen de faire un exercice non partisan qui pourrait faire le tour de la question en moins de trois mois. Il y a certainement un lot d'études au ministère de la Famille à ce sujet, et dans les universités. Les partis d'opposition et quelques spécialistes de la question peuvent actualiser la pensée québécoise. Des députés pourraient mener une ronde de consultations dans leurs coins du Québec. Le gouvernement pourrait ainsi se faire une idée sur les principaux scénarios crédibles pour engranger un peu plus de revenus à l'État et donner un peu d'air à un ministère qui ne cesse de reporter la création de nouvelles places en garderies, faute de ressources financières.

Cette question des tarifs de garderie a presque eu depuis sa création le statut de «vache sacrée». Jean Charest a fait face à un tollé incroyable lorsqu'il a voulu mettre fin au tarif à 5$, au début de son premier mandat, en 2003. Le tarif à 7$ est lui aussi devenu immuable, jusqu'à que ce le gouvernement du Parti québécois sous Pauline Marois ouvre la porte à une augmentation.

Mais ce n'est plus d'une simple hausse de 25, 50 cents, ou même 1 ou 2$ par jour dont les Québécois parlent aujourd'hui. Le gouvernement laisse courir les rumeurs sur un tout autre mécanisme de hausse, la modulation des tarifs en fonction du revenu.

La population a de quoi être perplexe. Les Québécois mieux nantis, disons ceux avec un revenu familial au-delà de 75000 $, devraient-ils bénéficier de garderies à tarif aussi modique que celles qui bûchent pour arriver au salaire minimum? Si ce n'est pas 75000 $, c'est combien? 100000 $? 150000 $? Réalise-t-on qu'en mettant de côté le principe de l'égalité des contribuables, l'État devra créer une petite bureaucratie pour déterminer les factures de chacune des familles utilisatrices des CPE, surveiller tout cela, etc.?

Que les tarifs en garderies augmentent, les Québécois ont généralement accepté l'idée. Comme une panoplie de frais, de taxes et d'impôts, la population accepte que l'inflation fait partie du paysage. Il s'agit d'une position sage; après plusieurs années, un gel de tarifs vient qu'à exercer une pression indue sur l'État.

Le Québec s'est donné un formidable outil social et économique avec ses CPE. Facile à comprendre. Présent partout sur le territoire. Devenu coûteux, certes, en raison de sa popularité. Moduler les tarifs a du sens mais rendrait le tout complexe. Il y a d'autres outils où Québec peut trouver des revenus au-delà d'une inflation programmée.

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