Le jour du Souvenir

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Aujourd'hui, jour du Souvenir, sur le coup de 11 h, le temps s'arrêtera un instant de plus qu'avant. Ou du moins, est-ce l'impression qu'Ottawa imprègne sur le pays. Une année forte en événements, conflits et commémorations qui a rappelé avec plus de vigueur que le Canada a joué, et joue encore un rôle comme défenseur de valeurs démocratiques et historiques.

Pendant quelques décennies autour de la guerre froide, le jour du Souvenir attirait de moins en moins. Ces tristes cérémonies n'attiraient que les fidèles habitués dont le nombre s'amenuisait au rythme que les vétérans de la Première et de la Seconde Guerre mondiales, après avoir survécu aux affres du combat, s'avouaient vaincus devant le simple mais inexorable passage du temps.

Puis le 11 septembre 2001 est arrivé. Le nouveau siècle allait consacrer ses premières énergies collectives à une guerre au terrorisme, tandis que le XXe avait été marqué par la lutte au nazisme, puis au communisme. De ce profond conflit de civilisations opposant Islam intégriste et occidentalisme humaniste, nous ne sommes pas encore libérés. L'attaque terroriste hautement planifiée du 11 septembre a cédé sa place à de plus petites frappes moins meurtrières mais pas moins ciblées. Au Canada, quelques complots, tous déjoués à temps. Cela a rapproché la menace à notre sécurité collective ; dorénavant, personne n'est totalement à l'abri, ni pour toujours. Si le jour du Souvenir attirait peu au-delà des habitués, la menace post-11 septembre a planté dans l'esprit de la population que les « valeurs canadiennes » étaient menacées.

Pendant ce temps, le Moyen-Orient était le théâtre d'une gigantesque chasse aux islamistes obscurantistes et aux régimes qui en toléraient la présence, ou ne réussissaient pas à les combattre.

Le Canada s'est ainsi retrouvé dans un rôle militaire en Afghanistan où il a perdu plus de ses représentants que dans tout conflit depuis 1945. Cela a contribué à changer le visage du jour du Souvenir, à le rajeunir surtout. Dans les défilés de vétérans, il n'y a plus que des têtes blanches mais bon nombre de jeunes aux blessures plus ou moins visibles : le « nouveau » phénomène du stress post-traumatique qui vole subrepticement des vies et des familles, successeur du « shell shock » des anciens.

Tout cela bouillonnait lorsque le gouvernement conservateur de Stephen Harper est arrivé au pouvoir en 2006. Sa fibre militariste était certainement plus sensible que celle des libéraux de Jean Chrétien et Paul Martin qui l'ont précédé, et sans doute plus que tout autre gouvernement depuis John Diefenbaker, 50 ans plus tôt. M. Harper a rappelé à nos mémoires une Guerre de 1812 oubliée et à la signification controversée, pour laquelle les conservateurs ont dévoilé la semaine dernière un magnifique monument qu'il installe sur la Colline parlementaire ; le centre de la démocratie tristement devenu lieu de glorification militaire. Il a infléchi la politique étrangère pour s'aligner fermement derrière Israël, martelé le rôle du Canada en Afghanistan, puis via l'OTAN en Libye. Il a détourné la réputation de « gardien de la paix » sous prétexte qu'un gouvernement honorable devait savoir prendre parti dans un conflit, pas qu'aspirer à jouer un rôle humanitaire.

Le triste hasard a aussi bien fait les choses pour les conservateurs. Les folles attaques de deux illuminés convertis à l'Islam ont récemment fait de deux nobles soldats des victimes insensées. Sous les conservateurs, les soldats sont devenus des héros, et ceux qui font « l'ultime sacrifice » plus que des héros, mais des icônes d'une nation.

Ce 11 novembre 2014 aurait pu insister sur la joie d'un Mur de Berlin abattu, depuis 25 ans, sur le centenaire de la « der des der » dans laquelle des millions d'hommes et de femmes ont combattu ou souffert dans l'espoir d'une ère nouvelle de paix où les mères ne verseraient plus des larmes pour leurs enfants offerts à la nation. Dans l'essentiel respect des générations qui ont bâti notre liberté s'embrouille dans ce jour du Souvenir l'obsession militariste instrumentalisée de Stephen Harper.

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