Une coupure justifiée

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Philippe Couillard n'a jamais été chaud à l'idée de financer à 100% la procréation assistée au Québec. Gaétan Barrette non plus. Il ne faut donc pas se surprendre que cette initiative mal conçue et mal gérée, et lancée pour de mauvaises raisons, s'avère l'une des victimes de la tronçonneuse libérale.

C'est une bonne nouvelle pour les contribuables, même si plusieurs centaines de familles infertiles écoperont. Leur offrir la possibilité de connaître les joies de la parentalité est une très louable idée. Surtout que les traitements sont coûteux: autour de 500$ pour l'insémination intra-utérine, plus de 5000$ pour la fertilisation in vitro, auxquels s'ajoutent de médicaments. Les programmes d'assurance sont rarement collaborants. Pour des familles avec des revenus modestes, ces coûts sont des freins importants.

Ces couples devront donc dorénavant payer une partie de ces frais, alors que tout était gratuit depuis 2010.

Dans le contexte des finances publiques du Québec de 2014, le maintien de la gratuité à 100% était intolérable. Le gouvernement de M. Couillard impose un controversé régime minceur qui se répercutera dans toutes les sphères et régions du Québec. Il réforme des structures en éducation, en santé, en économie, etc. Ce sont des temps difficiles. Voilà certainement un poste budgétaire où le statu quo ne méritait pas de demeurer.

Rappelons-nous la genèse de tout cela. En juin 2008, en commission parlementaire à Québec, l'animatrice de télévision Julie Snyder avait lancé un vibrant appel au gouvernement au nom de ces familles infertiles. Il faut se souvenir aussi du climat politiquement tendu de l'époque. Jean Charest vient d'être réélu à la tête d'un gouvernement minoritaire. Quelques mois plus tard, il allait provoquer une seconde élection en 18 mois, où il regagnerait son statut majoritaire. L'hiver et le printemps sont le théâtre du paralysant débat sur les accommodements raisonnables; la commission Bouchard-Taylor achève sa tournée d'audiences publiques. Les appels à une autre commission d'enquête, sur la collusion dans l'industrie de la construction se font plus pressants. M. Charest les rejettera pendant encore trois ans. Le premier ministre tente d'éviter une autre crise. Il achète la paix, accepte la suggestion de Mme Snyder et espère secrètement que la sympathie populaire lui vaudra quelques votes de plus aux élections qui ne tarderont pas à arriver (ce sera le cas six mois plus tard).

Ministre de la Santé, Philippe Couillard quitte la politique quelques jours plus tard. Le Dr Barrette, qui est alors président de la Fédération des médecins omnipraticiens, s'oppose à l'idée avec virulence.

Maintenant qu'ils forment un tandem au pouvoir depuis le printemps dernier, la procréation assistée était dans la mire. Bien des Québécois ont été étonnés de réaliser d'un couple homosexuel comme celui de l'artiste Joël Legendre pouvait se réclamer de ce programme. Sans endosser des pratiques sexistes, ce n'était pas pour ces gens que Québec finançait la procréation assistée.

MM. Couillard et Barrette ne se sont pas cachés qu'ils songeaient à mettre fin au «bar ouvert» - les mots de M. Barrette en 2008 - de la procréation assistée. Au début de l'été, ce dernier a de plus profité du dépôt d'un rapport du commissaire à la Santé, Robert Salois, pour évoquer la fin du programme de financement à 100%.

Selon des statistiques de 2013, il y a eu environ 700 naissances de plus par procréation assistée au Québec qu'avant la mise en place du programme de financement public. Nous sommes passés de 1000 naissances par an à 1700; une croissance importante, certes, mais qui est accompagné d'une facture importante. Il en coûte ainsi 70 millions$ aux contribuables québécois pour payer aux couples infertiles un service de niveau or. Il est juste et à propos d'en rabaisser la contribution à une fraction du 100%, à l'image de l'Ontario, du Nouveau-Brunswick et du Manitoba qui subventionnent la procréation assistée, mais que partiellement.

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