Harcèlement parlementaire

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Les allégations de harcèlement contre deux députés libéraux - aussitôt suspendus du caucus par leur chef Justin Trudeau - ont ébranlé la colline parlementaire, hier. Ce n'est rien comme la folle irruption de Michael Jehaf-Bibeau, il y a exactement deux semaines, après qu'il ait abattu le caporal Nathan Cirillo au Monument de commémoration de la guerre; ce meurtre gratuit a provoqué un raz-de-marée de gens qui prennent quelques minutes de leur temps pour s'y recueillir.

Impossible de dire si ces allégations sérieuses provoqueront un semblable raz-de-marée de sympathie mais une chose est sûre: elles sont sans précédent. Elles témoignent que nous sommes entrés dans une nouvelle ère dans l'opinion publique qui permet mieux qu'à n'importe quel autre moment dans l'histoire aux victimes de dénoncer les gestes déplacés qui sont posés à leur égard.

Les informations sont très parcellaires sur ce qui s'est passé dans deux événements séparés impliquant deux députées du Nouveau Parti démocratique et les libéraux Massimo Pacetti, député de la région de Montréal, et Scott Andrews, de Terre-Neuve. Ces allégations sont sans précédent mais elles ne constituent pas une première dans l'histoire parlementaire. Mais sauf erreur de mémoire, tous les autres épisodes ont été camouflés, glissés sous le tapis, étouffés par le silence de victimes craignant des conséquences fâcheuses ou par la complaisance des personnes qui les entendaient.

D'autres crimes de harcèlement ou même d'agression sexuelle sont sans aucun doute survenus dans le passé. Plusieurs ont qualifié la colline parlementaire de milieu de travail «toxique»: l'isolement des élus, les horaires de travail irréguliers, la proximité physique et intellectuelle des petites équipes autour des élus, l'alcool facilement accessible agissant comme lubrifiant pour réduire les inhibitions et les bonnes manières,etc.

Ces éléments ne coexistent pas que dans le milieu politique. Tous les milieux de travail peuvent être le théâtre de gestes déplacés. À une époque, le silence était à peu près la seule réponse possible. Et ne nous leurrons pas, le silence est encore trop souvent la réponse programmée dans l'esprit des victimes. D'ailleurs, le peu d'informations qui a filtré en rapport avec ces accusations fournit un autre exemple que bien des victimes préfèrent tourner la page plutôt que d'endurer les regards furtifs et les murmures de couloir. Nous ignorons l'identité des victimes, les gestes qui sont reprochés, le cadre dans lesquels ils se sont produits. Sans excuser totalement, le contexte peut expliquer bien des choses.

Le contexte de la dernière semaine peut aussi expliquer que cette histoire fasse surface dans la semaine qui suit les retentissantes révélations autour de Jian Ghomeshi, une des vedettes du réseau anglais CBC. Au compte-gouttes, plusieurs témoignages ont été rendus publics récemment sur le non-consentement de plusieurs femmes que M. Ghomeshi aurait approchées avec un objectif sexuel très net. En société, bien des victimes ne sont pas confortables à l'idée d'accuser de méfaits une personnalité connue. L'impression demeure que le tribunal de l'opinion publique se rangera du côté de la «vedette», que les accusations sont basées sur l'envie, la cupidité,etc.

Au contraire, l'affaire Ghomeshi a fourni des exemples de la sympathie que le public a ressentie à l'endroit de ces femmes qui sont sorties de l'ombre à tour de rôle.

Autre exemple de cette nouvelle ère - ou un éphémère épiphénomène des médias sociaux -, plusieurs victimes ont pris la parole sur le réseau Twitter autour des mots-clic «#agressionnondenoncee» et «#beenrapedneverreported». Cela pousse la discussion au-delà de la colline parlementaire, au-delà du Canada. Le président de la Chambre des communes qui entendra les allégations des députées du NPD n'est peut-être pas bien placé ni outillé pour le faire. Si elles sont suffisamment graves, c'est plutôt la police qui devrait enquêter. Mais au moins le nuage de silence commence à se dissiper, pour elles comme pour toutes les autres victimes.

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