Ne pas se précipiter

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Les Québécois ont de la difficulté à accepter l'ampleur des réformes que le gouvernement de Philippe Couillard dresse devant eux. C'est qu'il y en a beaucoup en même temps et les bouleversements sont profonds.

De surcroît, ce n'est pas le programme que le Parti libéral a vendu pendant sa campagne électorale en mars et avril dernier. Il a découvert des finances publiques en plus mauvais état qu'il ne le soupçonnait et s'est depuis embarqué dans de vastes chantiers de réformes. Il n'a pas non plus bien communiqué l'urgence du virage qui s'amorce pour les Québécois, ni ses justifications. Or, il ne suffit pas de dire que « le statu quo est inacceptable » pour que la population embarque à pieds joints dans le sillon des libéraux.

Le cas des commissions scolaires est probant. Elles existent depuis des décennies et gèrent tant bien que mal les octrois du ministère de l'Éducation dans un réseau de 2728 écoles à travers le Québec.

L'apathie démocratique qui afflige le milieu scolaire n'est pas nouvelle. Même qu'elle s'effrite de plus en plus. Moins de 5 % des Québécois ont daigné se déplacer pour élire les commissaires qui géreront en leur nom les deniers publics.

À la recherche de toutes les économies qu'il pourrait identifier dans l'espoir de rééquilibrer les finances publiques dès l'an prochain, le ministre Yves Bolduc songe à éliminer les 72 commissions scolaires d'un trait, effaçant d'un coup sec tout un niveau administratif. À moins qu'il se contente d'en éliminer un certain nombre. La manoeuvre a déjà été tentée : en 1998, le gouvernement du Parti québécois sous Lucien Bouchard a réduit le nombre de commissions scolaires de plus de moitié, de 156 à 72, pour une économie espérée de 100 millions $.

Les commissions scolaires coûtent environ 350 millions $, sur un budget de 10 milliards $ pour l'éducation au Québec. C'est une cible attirante. M. Bolduc a profité de l'élection scolaire pour lier la participation populaire au vote à l'attachement des Québécois pour leurs commissions scolaires. À moins de 5 %, il interprète aujourd'hui ce désaveu public comme une permission d'aller de l'avant avec ses réformes.

Cependant, le ministre ne doit pas aller trop vite. La bousculade des structures du monde de l'éducation ne faisait pas partie du programme libéral, mais de celui de la Coalition avenir Québec. La population n'est pas derrière le gouvernement Couillard, ni derrière les commissions scolaires ; elle est perplexe.

Y a-t-il d'autres solutions à l'horizon ? L'exemple de l'Ontario est révélateur. Aligner le vote scolaire avec les élections municipales s'avérera un miroir aux alouettes. Les Ontariens participent peut-être à hauteur de 40 % aux élections scolaires mais cela ne signifie pas qu'ils sont bien plus avertis sur les enjeux que leurs voisins québécois. Pendant la campagne électorale scolaire qui s'est terminée il y a 10 jours, les enjeux des écoles sont largement passés inaperçus. Une solution crédible et durable ne passe pas par l'alignement du vote avec un autre palier politique.

L'Ontario rappelle une autre réalité. Les Franco-Ontariens se sont battus pour la pleine gestion de leurs droits constitutionnels en éducation. Éliminer les commissions scolaires au Québec subtiliserait à 1 million d'Anglo-Québécois la gestion de leurs écoles. Les écoles anglophones ne doivent pas être gérées par des fonctionnaires francophones à Québec.

Effacer les commissions scolaires n'efface pas non plus les tâches dont elles s'abattent. Gérer les écoles, la dotation des postes, le transport scolaire, tout cela doit toujours être fait, et éloigner ces responsabilités du citoyen n'augure rien de bien.

Quant à la piste des fusions de commissions scolaires, elle souffrira de l'exemple des fusions municipales. Comment croire les prétentions du ministre qu'une cure minceur est la voie à suivre quand cela a échoué au niveau des villes ?

Bref, Québec ne doit pas se précipiter mais consulter encore avant de vendre son plan, quelqu'il soit.

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