À tous les 25 ans

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

La première visite du président de la République française au Canada depuis celle de François Mitterrand en 1987 devrait être une occasion mémorable. Au contraire, il faudra se souvenir du passage de François Hollande en terre canadienne comme d'un théâtre où il s'est permis d'envoyer des flèches à l'endroit de Stephen Harper. Il n'y a que sur le seul thème de l'économie qu'ils ont su s'entendre.

C'était à peine plus cordial que l'avant-dernière visite d'un président français, celle de Charles de Gaulle en 1967. Son «Vive le Québec libre!» avait forcé une retraite rapide vers le Vieux-Continent.

Cet unique point de rencontre a de quoi étonner car les Canadiens ont des points de vue bien différents selon leur appartenance linguistique. Pour les anglophones, M. Hollande n'est qu'un chef d'État du G8 comme les autres. Pour les francophones, il incarne évidemment la mère patrie, le pays des ancêtres avec lesquels nous partageons langue, culture et tempérament latin. De s'apercevoir que les affaires économiques constituent la première des priorités arrive comme un choc.

Il faut savoir que la France traverse un terrible ralentissement financier au même moment que François Hollande, lui, traverse une crise de crédibilité auprès des Français. Les sondages le placent dans un creux historique. Rien de mieux alors qu'un petit périple à l'étranger pour lui remonter le moral. Les Canadiens qui l'ont reçu l'ont chaudement applaudi partout où il est allé, même si c'était plus par respect pour la fonction que pour l'homme; peu lui importera.

À force de ne parler que de culture et de langue avec les Français, nous avons tendance à oublier que la France s'avère un partenaire économique important pour le Canada, et vice versa. Et pas que pour leurs fromages. La France exporte pour 5,4 milliards$ au Canada, surtout dans les secteurs manufacturier, pharmaceutique, de l'aéronautique, des boissons et spiritueux. À l'inverse, le Canada envoie pour 3,1 milliards$ de produits similaires, de ressources naturelles comme le pétrole et le gaz. En amorçant son voyage en Alberta, M. Hollande - accompagné d'une cinquantaine de représentants du monde des affaires - voulait faciliter la présence de joueurs de taille mondiale comme Total, déjà très impliqué dans le secteur du pétrole des sables bitumineux. Maintenant que le Canada a conclu une entente de libre-échange avec l'Europe, M. Hollande a dit souhaiter, dans son discours au Parlement, hier, que son pays gagne des places dans l'échelle des partenaires d'affaires du Canada, alors qu'il est présentement au huitième rang. Ce désir doit être encouragé.

Mais dès que le Français a dévié du thème de l'économie, le fossé entre nos deux pays s'est concrétisé.

D'emblée, devant députés et sénateurs, le président français a souligné le rôle crucial du Français Samuel de Champlain dans la création du Canada dont il fut «le premier gouverneur général» (à ce sujet, M. Hollande a erré au plan historique: Champlain fut plutôt le premier gouverneur de la Nouvelle-France). Plusieurs ont vu dans ce rappel de Champlain une flèche à l'endroit du gouvernement conservateur qui songerait à rebaptiser le pont Champlain à la mémoire du hockeyeur Maurice Richard, un affront à l'histoire et aux principes toponymiques.

Quelques minutes plus tard, François Hollande est entré dans le délicat sujet des changements climatiques et du sommet de Paris, en décembre 2015. Il a invité le Canada à être «pleinement engagé» à cette conférence des Nations unies. Il a fait référence au dernier rapport du Groupe d'experts sur l'environnement et le climat et averti le gouvernement Harper que «l'inaction conduira à un scénario catastrophique». Libéraux et néo-démocrates ont applaudi à tout rompre et les conservateurs ont poliment emboîté le pas. Sauf quelques irréductibles climato-sceptiques chez les Bleus.

Dans une telle ambiance, personne ne se surprendra s'il se déroule un autre quart de siècle avant la prochaine visite d'un président français...

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer