Écart de langage

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Les mots sont importants. Le langage utilisé pour décrire la tragédie de Saint-Jean-sur-Richelieu révèle le point de vue de chacun. Cela témoigne aussi combien il est difficile de définir l'état d'esprit et la réelle portée des gestes posés par Martin Couture-Rouleau, qui a attenté à la vie de deux militaires, lundi matin. L'un d'eux est décédé, l'adjudant Patrice Vincent, âgé de 53 ans. Le discours du premier ministre du Québec est tout en nuance. Philippe Couillard a parlé d'« événements tragiques ». En abordant la « radicalisation domestique » d'un Québécois récemment converti à l'Islam, il a conseillé « de [ne pas] sombrer dans l'inquiétude outre mesure ». Le ministre de la Santé, le Dr Gaétan Barrette, a pour sa part parlé d'un « cas psychiatrique ».

Pour le fédéral, il n'y a pas de doute que l'attentat perpétré par Martin Couture-Rouleau est bien plus que cela. Pour Steven Blaney, ministre de la Sécurité publique, l'attentat « est manifestement lié à une idéologie terroriste ». Son collègue Julian Fantino, ministre des Anciens combattants, dit que « la menace [terroriste] est réelle ». Le premier ministre Stephen Harper a parlé d'une attaque « contre nos valeurs d'une démocratie civilisée ».

Bref, l'approche du Québec est toute en nuance. Celle d'Ottawa est tout à fait à l'inverse.

Que Martin Couture-Rouleau ait rêvé au djihadisme, de sympathie envers l'État islamique, ne fait pas de doute. Ses proches et ses amis ont constaté sa dérive idéologique. Pour des raisons encore obscures, celui qui a aussi utilisé le prénom arabisant d'« Ahmad » ne cachait pas son attrait pour le terrorisme - à preuve ses témoignages et les hyperliens de sa page Facebook. Il a tenté de quitter le Canada pour rejoindre les combattants au Moyen-Orient.

Mais le discours et le langage tenus par les politiciens fédéraux démontrent davantage l'instrumentalisation d'une tragédie à des fins partisanes.

Le gouvernement conservateur s'est engagé dans un combat controversé contre une bande de terroristes qui mettent à feu et à sang le nord de l'Irak et le nord-est de la Syrie dans l'espoir d'y créer un califat qu'ils ont baptisé État islamique. La participation canadienne, que LeDroit a endossée (La chose à faire, 4 octobre), a évidemment été remise en question par les partis d'opposition pour sa seule utilisation de la force.

Ce gouvernement répète le mantra de la loi et l'ordre depuis son élection en 2006. Il a durci les lois, serré la vis à la réhabilitation des criminels sous prétexte de prendre le parti des victimes. Il a vanté tout ce qui touche aux participations de l'armée, passées et présentes.

Il se nourrit à l'aulne de la peur, de la menace perpétuelle. L'émergence éphémère d'un illuminé qui dérape vers un Islam radical sert bien le gouvernement de Stephen Harper. Il ne se réjouit pas de la perte d'une vie humaine, mais lorsque l'attentat survient, il s'en sert à ses propres fins idéologiques sans aucune arrière-pensée. Que cela survienne dans une petite communauté sans histoire comme Saint-Jean-sur-Richelieu tombe tel un cadeau du ciel. Cela sert à illustrer que partout au pays, personne n'est à l'abri de la menace terroriste.

Les élections fédérales doivent avoir lieu dans un an. Les conservateurs ne changeront pas de refrain pour cette quatrième élection sous la direction de M. Harper. Ils se serviront de l'attentat de Saint-Jean-sur-Richelieu pour décrier la mollesse de leurs adversaires.

Ils veulent déjà augmenter la portée du Service canadien du renseignement de sécurité au-delà de nos frontières. Ils modifieront des lois pour interdire l'affichage de symboles terroristes dans l'espace public, comme dans les médias sociaux. D'autres empiétements aux libertés civiles seront planifiés dans l'espoir que la vie d'un autre Patrice Vincent puisse être épargnée.

Dans sa folie passagère pour appuyer le terrorisme, Martin Couture-Rouleau ne pensait sûrement pas qu'elle servirait au contraire à dresser davantage le Canada contre ceux qui incarnent un Islam de terreur.

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