La planète Ebola

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Six mois après l'Afrique, l'Amérique du Nord réalise que le monde est confronté à une crise de santé publique avec cette épidémie de la fièvre Ebola. Voilà un exemple de plus que nous nous éveillons aux problèmes de la planète seulement lorsqu'ils frappent près de nous. Cette vision paraîtra égoïste pour certains mais c'est un réflexe très humain de ne se concerner d'une menace seulement quand elle se perçoit à une faible distance. Tant qu'elle demeure éloignée, nous nous en remettons à d'autres - à nos gouvernements, à des organisations caritatives comme la Croix-Rouge ou Médecins sans frontières, etc. - pour s'y attaquer.

L'Ebola est maintenant arrivée en Amérique, à Dallas. Le Texas peut sembler bien loin de nous mais avec notre univers mondialisé, il n'est qu'à quatre heures d'avion. Il suffirait d'un seul patient infecté et de la négligence des autorités publiques - comme il s'est déjà vu dans cet hôpital de Dallas - pour qu'un cas en apparence sous contrôle provoque une réelle crise de santé publique à travers tout le continent. D'un malade (depuis décédé), nous comptons maintenant deux infirmières traitantes qui ont été contaminées, et potentiellement plusieurs autres puisque l'une d'elle a pu voyager par avion jusqu'à Atlanta.

Ces deux autres cas démontrent combien même avec tous les moyens à la disposition d'un système de santé occidental, une épidémie peut prendre des proportions inestimées lorsque surviennent des bris de précautions pourtant élémentaires et connus de tous les professionnels.

Le virus Ebola voyage moins vite que les gens qu'il affecte. La population peut traverser le globe en quelques heures, les aéroports sont devenus les nouvelles plaques tournantes de nos déplacements; des millions de personnes s'y rencontrent à tous les jours et une épidémie trouverait là un terreau fertile.

Le virus, par contre, a besoin de plus que des échanges furtifs. Sa propagation nécessite un échange de fluides corporels (la salive suffit). Les victimes souffrent rapidement de symptômes qui s'apparentent à une grippe: la fièvre et douleurs généralisées. Ce n'est que plus tard dans la maladie que les symptômes deviennent plus sérieux: vomissements, diarrhée, rougeurs, problèmes rénaux et du foie, etc.

Bref, pour qu'une épidémie s'engage, il faut que les personnes atteintes n'aient pas suivi les consignes de quarantaine et d'isolement, ou que les autorités n'aient pas mis en place les campagnes de sensibilisation et de lutte à la propagation.

Au Canada, jusqu'ici, toutes les précautions nécessaires ont été suivies à la lettre. Il y a déjà eu 25 cas d'Ebola soupçonnés, dont 10 au Québec et autant en Ontario, et tous se sont avérés négatifs. Voilà qui est encourageant. Une vigilance de tous les instants doit demeurer la norme.

Évidemment, là n'est pas le problème. Ni même aux États-Unis, où quelques erreurs de procédure ont provoqué un vent de panique dans la population. Il réside plutôt en Afrique, un peu au Nigeria, mais surtout dans l'ouest. Là, les trois petits pays voisins du Liberia (4200 cas), de la Sierra Leone (3200 cas) et de la Guinée (1500 cas) représentent le principal foyer de propagation.

Même si ce coeur de la crise de santé publique est à des milliers de kilomètres de nous, c'est là que les efforts concertés de tous les pays du monde doivent se concentrer. Le Canada a ainsi promis de doubler sa contribution à la lutte contre le virus Ebola, après une première enveloppe de 30 millions$ engagée il y a trois semaines. À cela s'ajoute une équipe d'épidémiologistes prêts à intervenir à tout instant.

Pourquoi agir aussi loin? Parce qu'une épidémie, si elle n'est pas contrôlée à temps, peut augmenter le nombre de victimes à un rythme exponentiel. Selon l'Organisation mondiale de la santé, 10000 victimes pourraient s'ajouter à chaque semaine. C'est plus que le nombre de personnes contaminées depuis six mois. Et il suffit que de quelques-uns de ces porteurs pour disséminer le virus aux quatre coins de la planète.

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