La voix discordante

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La campagne de mobilisation pour faire d'Ottawa une capitale bilingue a entendu une voix discordante, ces jours derniers, et la réplique à Gilles Paquet, du Centre d'études en gouvernance de l'Université d'Ottawa, a été virulente. Il s'y attendait et donc n'en a été aucunement étonné.

Ceux qui se rappellent de SOS Montfort n'auront pas été surpris de la sortie de M. Paquet. À l'époque, il avait été l'une des voix discordantes aux appels à la sauvegarde de l'hôpital francophone d'Ottawa, et là aussi, les critiques avaient été acerbes. Mais M. Paquet ne s'émeut pas des assauts de ses adversaires qui, au mieux, le qualifient de traître, et au pire, estiment qu'il ne mérite pas une réponse. Il leur rend bien, les accusant d'être des « intégristes » tombant dans la « démagogie », et les qualifie de suiveux profitant de « l'effet de foule ».

Au-delà des jets de boue, ce serait une erreur de rejeter en bloc la réflexion du professeur Paquet sur la question.

Il note dès les premières pages que l'argumentaire des gens en faveur d'Ottawa, ville bilingue est « navrant et pas très convaincant ». Malheureusement, sur ce point, M. Paquet frappe dans le mille. Jusqu'ici, la principale raison évoquée en faveur du bilinguisme officiel relève de « la fierté ». Le parallèle est évident avec les souverainistes qui en appellent eux aussi à la « fierté » de créer le pays du Québec. Mais au-delà de la fierté, pourquoi ?

Loin d'être « un repli sur soi », cette notion de la fierté a son importance pour les Franco-Ontariens et accessoirement, pour les francophones et francophiles du pays. Mais cela ne ralliera personne dans les rangs de la majorité anglophone qu'il faudra bien convaincre, du moins, en partie. Car si la proposition d'Ottawa, ville bilingue veut progresser, elle ne peut demeurer qu'un voeu de la minorité.

(Silencieux derrière son « statu quo qui fonctionne », le maire Jim Watson sait fort bien que le concept d'Ottawa, ville bilingue n'a pas récolté d'appuis substantiels dans la communauté anglophone.)

Gilles Paquet s'avère un peu plus tendre envers sa collègue Linda Cardinal, politologue à l'Université d'Ottawa. Il reconnaît chez elle certains éléments d'une réflexion plus poussée. Pour Mme Cardinal, Ottawa, ville bilingue fournira à la municipalité le pouvoir d'« imposer les conditions linguistiques qui vont devoir prévaloir partout - arrêtés municipaux, débats, comités, instances judiciaires, services, dotation de postes, promotions, etc. »

Tout cela n'a jusqu'ici pas été dit trop fort parce que les effets d'un statut bilingue pour la Ville d'Ottawa sont encore très hypothétiques. Les francophones partagent certains espoirs, des anglophones, eux, des craintes qu'un bilinguisme à Ottawa imite celui du gouvernement fédéral qu'ils estiment rigide, coûteux, largement symbolique et inefficace.

Par ailleurs, M. Paquet ne s'émeut pas du paradoxe d'un Canada bilingue doté d'une capitale qui ne l'est pas. Résidant d'Ottawa depuis 50 ans, il note les immenses progrès réalisés au plan du bilinguisme depuis l'époque de la mairesse Charlotte Whitton. Il s'en satisfait. Il fait confiance au processus politique pour la suite et suggère que si la population est déçue de la position de ses élus à ce sujet, elle saura voter contre eux. Pour lui, la judiciarisation de cette initiative est erronée. Une politique de bilinguisme imposée par la cour « ne peut que susciter des tensions inutiles et coûteuses » au sein d'une communauté qui fonctionne assez bien, d'après lui.

LeDroit ne partage pas ce bilan, ni cette avenue. Les Franco-Ontariens et ceux qui visitent Ottawa s'attendent à plus sur deux plans : le visage bilingue de la capitale et les services municipaux auxquels ils ont droit comme citoyens à part entière qui rejettent « l'identité bilingue » prônée par Gilles Paquet. Présentement, ils utilisent la voie politique pour faire avancer cette cause qu'ils croient juste. Si elle n'aboutit pas avec succès, il restera toujours la voie des tribunaux, outil démocratique. Au grand dam de Gilles Paquet.

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