Frustrations linguistiques

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Une autre année, un autre rapport du Commissariat aux langues officielles qui constate que plusieurs des plaintes qui lui sont logées demeurent lettre morte. Une autre année où il doit taper sur les doigts du gouvernement de Stephen Harper pour son manque de leadership sur la question des langues officielles. Ces reproches valent aussi pour d'autres agences ou services qui tombent sous la responsabilité du fédéral, comme le transporteur Air Canada - une cible de choix depuis des années.

Il s'agissait du septième rapport de M. Fraser, et il se dirige vers un record, car il a accepté une prolongation de mandat de trois années en 2013. S'il quitte comme prévu en 2016, il aura servi 10 ans dans un poste clef là où tous ses prédécesseurs se sont limités au mandat habituel de sept années.

Un poste clef, certes, mais une fonction qui comprend son lot de frustrations. Particulièrement celle de sentir que les progrès - et il y en a, quoique certains clament - sont souvent très lents. Si lents, en fait, que la progression paraît parfois imperceptible. Pourtant, si l'on regarde le taux d'approbation de la notion de bilinguisme comme valeur canadienne, cela frôle aujourd'hui les 80%. Malheureusement, cette reconnaissance ne s'arrime pas souvent dans des progrès concrets.

Le commissaire Fraser reconnaît par exemple que son bureau «continue d'avoir des problèmes avec des institutions qui ont des contacts directs avec le public. On voit que l'utilisation du "hello/bonjour" ne fait pas partie de la culture dans la fonction publique.»

Et comme a enchaîné le critique néo-démocrate en matières de langues officielles, Yvon Godin, mardi: «Si le "hello/bonjour" est suivi d'un "I don't speak French", ça ne m'aide pas pantoute

Il a fallu des décennies de travail de fond pour faire reconnaître le caractère bilingue de certaines institutions, comme les aéroports, afin de faire reculer l'impression au sein du public que hors du Québec, toute réclamation du français relève de l'entêtement. Et voilà qu'aussitôt les pieds dans l'avion, cette autre institution qu'est Air Canada rechigne à offrir des services en français.

Parlez-en à cet Ottavien, Michel Thibodeau, dont les démêlés depuis 14 ans (!) avec Air Canada relèvent de la croisade.

Même le commissaire Fraser a avoué, mardi, ne pas comprendre l'obstination du transporteur aérien à considérer le bilinguisme «comme un fardeau» plutôt que comme un «atout de marketing».

Et la présidente de la Fédération des communautés francophones et acadiennes, Marie-France Kenny, de reprendre l'indignation de M. Fraser. «Il y a huit plaintes (à propos du bilinguisme à l'aéroport de Regina, où elle demeure) et c'est moi qui les ai toutes déposées!» Elle se sent bien seule, peu supportée par la communauté francophone d'un océan à l'autre. Comme si elle s'était satisfaite d'avoir obtenu le Loi sur les langues officielles, en 1969, et se contentait de ce que d'autres luttent pour obtenir en son nom.

Le commissariat a ouvert ses portes en 1970 dans la foulée de la Loi, avec un francophile à la barre, Keith Spicer. Au pays, les réactions de bien des Canadiens à la notion même de bilinguisme étaient souvent épidermiques. C'était l'époque des protestations des boîtes de céréales bilingues dans les régions plus unilingues du pays. Aujourd'hui, les générations d'anglophones qui ont suivi acceptent ce fait comme allant de soi. Elles inscrivent même des centaines de milliers de leurs enfants dans des programmes d'immersion française... ce qui doit vouloir dire, à quelque part, que les réactions d'intolérance au français viendront presqu'à disparaître un jour.

Comment aligner cette ouverture, d'un côté, et l'opposition menée contre la reconnaissance du statut bilingue pour Ottawa, la capitale du pays? Comment expliquer l'opposition de certains ministres conservateurs... à avoir du français sur leurs cartes d'affaires et à communiquer en français les positions qu'ils adoptent au nom de l'État?

Il y a de quoi... en perdre son latin!

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