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Le besoin d'une université exclusivement de langue française en Ontario paraît évidente pour plusieurs depuis longtemps. De fait, les arguments qui sont vieux de trois, cinq ou 20 ans demeurent et sont à certains égards plus vrais qu'avant. Ceux-là seront impatients, voire excédés, que la principale conclusion des États généraux sur le postsecondaire en Ontario français consiste à mener une étude de faisabilité.

Pourtant, il n'est nul besoin de mettre la charrue devant les boeufs et de tenter de convaincre le gouvernement de l'Ontario qu'il faille aller de l'avant sans tous les éléments de réponse. Ainsi, cette étude de faisabilité témoigne de la sagesse et de la prudence des intervenants de ces États généraux.

C'est tout à l'honneur du Regroupement étudiant franco-ontarien (REFO), qui chapeautait les discussions avec l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario et la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne (FESFO).

Une institution de l'importance d'une université ne se crée pas en criant ciseau. Les coûts de démarrage sont énormes, mais ceux qu'ils engagent pour son maintien le sont bien davantage. Par ailleurs, une nouvelle université s'insérerait dans un tissu d'autres institutions qui jouent chacune un rôle dans le domaine. Ces institutions jouent trop peu ou mal leur rôle dans l'offre d'éducation postsecondaire, précisément dans la région du centre-sud-ouest de l'Ontario. Le Commissaire aux services en français l'a soulevé avec force dans son rapport « Pas d'avenir sans accès », en 2012. Dans ce coin de la province, 97 % des étudiants du postsecondaire poursuivent leurs études en anglais, faute d'option. C'est donc dire que sauf pour quelques irréductibles, le postsecondaire leur fait faire un grand pas vers l'assimilation.

La situation est mieux ailleurs, mais guère. À la grandeur de l'Ontario, à peine 22 % des étudiants francophones poursuivent leurs études en français.

C'est donc un constat d'échec pour le vaste ensemble que constituent les universités d'Ottawa, Laurentienne (à Sudbury) et à Hearst, le collège Glendon (affilié à l'Université York), le Collège d'Alfred (affilié pour le moment à l'Université Guelph) et les autres institutions post-secondaires de la province. Cet échec pour les 78 % restants qui optent pour le post-secondaire en anglais s'explique par un ensemble de raisons : financières, géographiques, de manque de programmes, etc.

Voilà précisément ce à quoi devra s'attaquer une nouvelle université de langue française en Ontario.

Évidemment, il paraîtra incongru qu'elle puisse être créée ailleurs que dans l'est, le principal foyer de culture française en Ontario. Nous tombons ici dans la réalité politique. Il existe dans l'est une Université d'Ottawa qui relève tant bien que mal son défi de desserte de la communauté franco-ontarienne. Malgré ses racines françaises historiques, les forces démographiques font pencher la balance vers l'anglais depuis plusieurs décennies. L'insatisfaction est palpable. Lui créer une rivale à Ottawa, c'est préparer une guerre intestine. Dans le nord, le portrait diffère un peu.

C'est dans le centre-sud-ouest, incluant Toronto, que se constate un si grand vide pour la population francophone. C'est pourquoi les signaux qu'envoie le gouvernement depuis plusieurs mois, c'est qu'une nouvelle université franco-ontarienne, si elle naît, pourrait éclore autour du collège Glendon. Madeleine Meilleur, ministre responsable des Affaires francophones, le dit avec toute l'autorité et la nuance dont elle peut faire montre.

Mais avant de savoir où, le gouvernement de Kathleen Wynne veut évidemment savoir dans quoi il pourrait s'embarquer, malgré l'étau des finances publiques peu propices à la création de nouveaux outils comme une université. Le REFO a répondu avec son étude de faisabilité pour donner des munitions au gouvernement. Voilà qui est sage, même si l'échéancier rendra certains impatients.

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