La chose à faire

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Comme si l'Occident avait besoin d'une raison de plus pour justifier une action belliqueuse, le groupe armé État islamique a fait savoir qu'il avait procédé à l'exécution d'un quatrième otage. Cela aidera peut-être des Canadiens à comprendre, et à accepter, l'annonce du gouvernement de Stephen Harper que nos Forces armées prolongeront, pour au moins six autres mois, l'effort militaire contre ces terroristes au nom d'un Islam sombre, passéiste et revanchard.

Le premier ministre a exposé sa position devant la Chambre des Communes, vendredi: une intervention armée donc, sous la forme de 69 «conseillers militaires» limités à un «rôle de non-combat» et la livraison d'armes et de matériel pour ceux qui luttent contre le groupe armé État islamique. Ces Canadiens seront appuyés par six avions de surveillance, d'autres de ravitaillement, et des équipes de soutien et d'entretien. Au total, quelque 600 membres des Forces armées.

M. Harper s'est aussi engagé à fournir de l'aide humanitaire aux populations éprouvées, mais n'en a pas fourni les détails.

La proposition du gouvernement sera débattue et passera au vote dans les plus brefs délais, peut-être même lundi.

Le Nouveau Parti démocratique et le Parti libéral ont aussitôt fait savoir qu'ils s'opposeraient à la motion du gouvernement. Leur refus de s'engager aura autant à voir avec des raisons partisanes, à un an des élections fédérales, qu'une objection fondamentale à une intervention armée.

Mais comme les conservateurs sont majoritaires à la Chambre des communes, il n'y a aucun doute que la proposition sera adoptée.

Le fond de la question demeure que l'Occident cherche une manière de réagir à la présence d'Islamistes aveuglés qui ont profité du vacuum de structures civiles et politiques au nord-ouest de l'Irak et au nord-est de la Syrie pour s'installer et terroriser les populations locales qui ne partagent pas leur idéologie sunnite. Le gouvernement de l'Irak et celui de Bachar el-Assad, en Syrie - le même que les pays occidentaux cherchaient à renverser, l'an dernier - sont incapables d'intervenir contre ces fous d'Allah qui rappellent les obscurantistes talibans qui ont sévi dans des régions de l'Afghanistan, entre 1996 et 2001.

Dans le dossier afghan, les Nations unies ont convenu d'une action concertée et le Canada y a joué un rôle important mais ingrat et coûteux en vies humaines. Plus récemment, en Lybie, c'est sous l'égide de l'OTAN que le Canada a contribué à expulser le régime de Mouammar Khadafi.

Le cas de l'État islamique est plus complexe. Malgré son nom, ce n'est pas un «État», que des bandes armées qui règne sur un territoire fluide, mené par un commandement insaisissable.

C'est pourquoi l'opposition est demeurée perplexe devant l'incapacité du gouvernement de préciser les objectifs de la mission contre l'État islamique, outre d'endiguer sa zone d'influence et son régime de terreur. Ce flou rappelle le vide devant lequel se sont trouvés les Américains après avoir renversé Saddam Hussein en Irak sous le faux prétexte qu'il cachait des armes de destruction massive. Personne n'a pu lui succéder et affirmer son autorité sur l'Irak. Voilà que les Américains se jettent dans la gueule du même lion, et espèrent éradiquer une nouvelle génération de terroristes au nom de l'Islam?

Il est audacieux, voire d'une témérité aveugle d'emboîter le pas aux Américains sur ce terrain.

Mais nous ne sommes pas en mars 2003. La participation canadienne est, somme toute, modeste, même en comparaison avec la participation au sol en Afghanistan. Et la couverture de l'OTAN ou des Nations unies est encore du domaine du possible.

Il est des combats qu'il faut parfois faire parce qu'ils sont la chose à faire, même s'ils ne nous plaisent pas. L'Occident, il est vrai, tombe un peu dans le panneau de la provocation de l'État islamique. C'est pourquoi à l'aide humanitaire, le Canada devrait s'activer au plan diplomatique avec les pays de la région, ceux de l'Islam et d'autres chefs spirituels pour trouver des solutions à cette région sous le chaos.

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