Fragile compromis

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La satisfaction évidente qu'affichait la première ministre Pauline Marois, à l'issue du Sommet sur l'enseignement supérieur contrastait totalement avec les scènes de manifestation étudiante, quelques heures plus tard, et la répression policière qui a suivi. Les protestations rappelaient tristement le chaos qui a caractérisé le Printemps érable de 2012.

Mais si le Sommet s'est déroulé rondement et sans anicroche, les positions du gouvernement et des mouvements étudiants sont demeurées diamétralement opposées. Les plus conciliants des mouvements étudiants, notamment la Fédération étudiante universitaire du Québec, militaient en faveur d'un gel des frais d'études à l'université. Les plus radicaux, regroupés sous l'Association pour une solidarité syndicale étudiante, n'en voulaient rien savoir, réclamant la gratuité scolaire et boycottant le Sommet.

En face, le gouvernement Marois était certes plus conciliant que celui de Jean Charest l'an dernier. Mais la réalité des finances publiques, qu'il a constaté lors de son élection en septembre 2012, a bien démontré qu'un gel ou la gratuité exigerait un effort financier considérable. Cela était une tâche que l'équipe de Mme Marois s'est refusée. D'abord parce que son nouveau gouvernement a plusieurs priorités et veut en réaliser le maximum pour un effet optimal dans l'espoir de former une majorité dans la prochaine Assemblée nationale. Ensuite, parce que le gouvernement a bien constaté que l'opinion publique québécoise était généralement en accord avec une hausse modeste des frais d'études. Si elle était ambivalente face à l'augmentation de 375 $ par an (pour cinq ans) qu'ont tenté de forcer les libéraux de M. Charest, elle a cru que 70 $ par an de plus était raisonnable. Elle correspond à environ 3 %.

Le ministre de l'Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, s'était appliqué à livrer ce message auprès de tous les participants au Sommet au cours des dernières semaines.

Les dirigeants des universités du Québec, le Parti libéral, la Coalition Avenir Québec et les lobbys patronaux estimaient que ce n'était pas suffisant pour garantir un enseignement de qualité. La FEUQ, que cela ne respectait pas le voeu des associations étudiantes qu'elle représentait.

En bout de ligne, le gouvernement a pu dégager son mince consensus en pelletant le problème vers l'avant. Il a promis de réinvestir 1,7 milliard $ dans les universités d'ici 2018. Et annoncé la création de « chantiers » de travail pour encadrer la gestion des universités (une loi-cadre, un Conseil national des universités, une révision des frais afférents) et bonifier l'aide financière.

Le premier engagement sert à calmer les recteurs et leurs supporters, le second, les étudiants et leurs sympathisants.

Politiquement, il s'agit là d'une habile manoeuvre qui donne un peu de temps au gouvernement Marois.

Concrètement, la tactique ne règle rien des problèmes de fond de l'enseignement supérieur. Mais ce n'était pas là l'espoir d'un sommet de 36 heures. Le problème demeure. Il reste seulement à voir si les mouvements étudiants accepteront cette amère pilule. Les premiers signes ont été qu'elle ne passe pas. Mais cela ne pourrait bien être qu'une réaction épidermique. À part l'ASSÉ, la FEUQ et la Fédération étudiante collégiale du Québec mèneront leur propre ronde de consultations auprès de leurs membres au cours des prochains jours, des prochaines semaines.

Il est à souhaiter qu'un peu partout, les étudiants en viennent à la conclusion que l'augmentation, quoique contraire à leurs objectifs respectifs, est le compromis acceptable au plus large nombre de Québécois et que tous, dans ce conflit qui dure depuis trop longtemps, doivent mettre un peu d'eau dans leur vin.

Quant aux grands projets de société que caressent les étudiants, comme la gratuité scolaire ou à tout le moins le maintien de frais inférieurs à tous leurs collègues en Amérique du Nord, il y a de meilleurs endroits que la rue pour les faire avancer.

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