La bonne entente

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Pierre Jury
Le Droit

L'attention des Québécois tourne beaucoup autour de l'enquête sur la collusion dans la construction, et plus récemment, du Sommet sur l'enseignement supérieur qui aura lieu lundi et mardi. Mais au sein de la population anglophone du Québec, le resserrement de la Loi 101 sur l'usage du français les préoccupe bien davantage. Cela va directement au coeur de leur place au sein de la population québécoise.

La CBC dévoile ces jours-ci les résultats d'un sondage qui mettent des mots et des chiffres sur les sentiments de la minorité anglophone du Québec, pendant qu'au même moment elle fait entendre son mécontentement par rapport au projet de loi 14 déposée par la ministre responsable de la langue, Diane De Courcy. Ce sondage, mené auprès de 1001 répondants de langue anglaise à la mi-janvier, dresse le portrait d'une communauté linguistique fortement secouée par la situation au Québec, particulièrement la menace d'une séparation portée par le Parti québécois.

Plus de 40 % des répondants ont ainsi confié avoir songé à quitter le Québec depuis la victoire du PQ en septembre 2012. Trois anglophones sur quatre avouent ne pas écouter la télévision en français, ou lire des journaux en français.

Cela contribue à perpétuer l'image des deux solitudes qui vivent côte à côte, mais qui s'ignorent considérablement.

Par contre, d'autres informations dressent un portrait plus encourageant. Deux anglophones sur trois estiment qu'ils peuvent réussir au Québec, et leurs enfants pourront le faire aussi. Cela témoigne d'un optimisme certain. La vaste majorité, soit 85 %, estime qu'il est important de connaître la culture québécoise, même si 20 % s'estiment incapables de mener une conversation en français. Et malgré toutes les tensions rapportées par les médias, 69 % croient que les relations entre francophones et anglophones sont excellentes, bonnes ou acceptables.

De toutes ces informations, ce sont les idées de quitter le Québec qui ont généré le plus de commentaires. Cela a provoqué des francophones à se demander pourquoi les anglophones nourrissaient de tels plans d'évasion, alors qu'ils forment une minorité linguistique choyée au pays, et peut-être même au monde. Avec un rappel sur leurs collèges et leurs universités, leurs hôpitaux et leurs outils communautaires, etc.

Cette situation est évidemment très enviable aux yeux des minorités de langue française des neuf autres provinces du Canada. À Ottawa, les Franco-Ontariens ne comptent sur un réseau de services en français que depuis quelques décennies seulement (hôpital Montfort, La Cité collégiale, centres communautaires en santé et services sociaux, etc.) et le débat sur une université française n'en est encore qu'à ses balbutiements. Ces outils collectifs ont dû se gagner au prix de hautes et longues luttes. Ce n'est évidemment pas le cas des Anglo-Québécois.

Mais les Québécois francophones n'ont pas à juger des sentiments qui habitent leurs voisins anglophones. Si plusieurs se sentent menacés, c'est sans aucun doute que les anglophones ont eu de la difficulté à composer avec l'essor de la majorité francophone au Québec, cristallisée par la Révolution tranquille à partir de 1960. Minorité depuis 200 ans au Québec, ils jouaient le rôle d'une majorité au niveau économique (et jusqu'à un certain point, politique). Laisser aller ce rôle dominant, même devant les preuves démographiques avancées par les Québécois francophones, a été difficile. Les réflexes majoritaires sont difficiles à oublier.

La force de nos principes démocratiques nous fait dire que les majorités nationales gagnent en honneur quant à la manière qu'ils défendent leurs minorités. Les majorités anglophones de toutes les provinces canadiennes doivent considérer avec regret qu'elles ont, chacune à leur tour, interdit le français sur leur territoire il y a un siècle. La majorité au Québec doit se montrer plus respectueuse et tendre la main aux anglophones, comme elle l'a assez bien fait face aux communautés immigrantes.

Francophones et anglophones peuvent cohabiter au Québec. Cette bonne entente est à l'avantage de tous.

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