Conséquente, l'ASSÉ

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Pierre Jury
Le Droit

La position de l'ASSÉ, l'Association pour une solidarité syndicale étudiante, n'est pas étonnante. Même qu'elle est très conséquente avec ses positions passées. Et la grogne qu'elle ressent quant à la direction que semble prendre le prochain Sommet sur l'éducation supérieure est très compréhensible.

L'ASSÉ est l'organisation qui était au centre de la CLASSE, la Coalition qui avait tenu le discours le plus revendicateur pendant la contestation étudiante du printemps 2012. Son porte-parole était alors Gabriel Nadeau-Dubois ; aujourd'hui, il a laissé sa place à Jérémie Bédard-Wien mais le fond du discours n'a pas changé. Sur la question des frais d'études postsecondaires, l'ASSÉ souhaite qu'ils soient purement et simplement abolis. La gratuité scolaire est donc son objectif ultime.

Pendant le Printemps érable, la chef du Parti québécois, Pauline Marois, est descendue dans la rue et participé à plusieurs manifestations en appui aux revendications étudiantes. Elle a été vue, casserole en main. Elle a porté le carré rouge à la boutonnière jusqu'à l'intérieur de l'enceinte de l'Assemblée nationale.

Mais sa position sur la tarification universitaire n'était pas aussi limpide que l'ont présumé les mouvements étudiants. Elle a savamment cultivé un flou artistique sur ce sujet pendant que ses adversaires politiques étaient fermement campés en faveur d'une hausse des frais d'études.

En campagne électorale, le Parti québécois s'est limité à trois engagements. D'abord, « à maintenir le gel des frais, pour le moment ». Plus question d'imposer une augmentation de 375 $ par an pendant cinq années consécutives. Puis, à « organiser un sommet sur le financement et la gestion des universités ». Pour aller au fond de tout le débat sur le manque à gagner des universités québécoises, ainsi que ses causes. Et enfin, à « abroger la loi 12 » (projet de loi 78) adopté par le gouvernement de Jean Charest et qui restreignait les libertés individuelles et les droits d'association.

Les étudiants n'ont retenu que ce qu'ils voulaient de cette triple position, ou l'ont interprétée via leur prisme. Leur participation à l'élection de septembre et la vaste lutte contre l'héritage de neuf années de pouvoir libéral à Québec ont contribué à la victoire du Parti québécois.

Lorsque l'ancien projet de loi 78 a été balayé sous le tapis, le gouvernement de Mme Marois franchissait une première étape. Lorsqu'elle a maintenu les frais universitaires à leur niveau de 2011, il a franchi une seconde étape. La troisième consiste en le sommet lui-même, qui doit avoir lieu les 25 et 26 février prochains. Déjà, plusieurs rencontres thématiques ont eu lieu, ainsi que des « animations citoyennes », dont une qui s'est tenue à Gatineau, le 19 janvier dernier.

Sur la question des frais, Pauline Marois a donc été fidèle à ses paroles. Le gel a été maintenu pour l'année courante. Pour l'avenir, elle ne s'était engagée à rien. Mais elle et son ministre de l'Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, rament fort dans le sens d'une indexation des frais universitaires. Il faut comprendre par là une augmentation équivalente à l'Indice des prix à la consommation, ou au coût de la vie. Il faut probablement s'attendre à une hausse de 1,5 à 3 %, selon les indices et les années.

Mais tout devait être sur la table au Sommet de l'enseignement supérieur. Et ce n'est pas le cas. En pipant les dés en faveur d'une indexation future des frais universitaires, M. Duchesne dit du même coup que la gratuité ne sera pas à l'ordre du jour. C'est précisément ce qui irrite l'ASSÉ, avec justice.

Discuter de la gratuité, ce n'est pas l'endosser. Mais c'est accepter d'en parler. Explorer les choix de société que le Québec devrait envisager pour que se réalise la gratuité postsecondaire - une dépense supplémentaire estimée entre 750 millions $ et 1,2 milliard $ pour les contribuables. Ce débat porte sur un choix de société que le gouvernement du PQ ne veut pas faire dans l'espoir de dégager le consensus le plus large possible à son sommet. En cela, il faut comprendre la rage intérieure dans les rangs de l'ASSÉ qui menace donc d'avoir recours à ses moyens traditionnels : le boycott du sommet, dans un premier temps, la manifestation par la suite. Cela est de bonne guerre. Pauline Marois récolte les pots cassés par sa casserole.

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