BlackBerry joue quitte ou double

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Pierre Jury
Le Droit

BlackBerry a joué, hier, son ultime «grosse» carte. Après, il ne lui en restera que des petites, et ses chances de survie seront minimes. Mais elle a encore une chance avec le double lancement de ses appareils, le Z10 et Q10, qui s'adressent à des publics fort différents.

Premier téléphone intelligent avant même que l'expression n'existe, le BlackBerry était jusqu'à tout récemment le produit-phare de la société canadienne Research in Motion, fondée et toujours établie à Kitchener-Waterloo. Le lancement de sa première version, en 1999, permettait l'accès à ses courriels de partout. Le nom «BlackBerry» - et «CrackBerry» pour les accrocs -, une simple marque de commerce, est devenu plus connu que l'entreprise. La disparition de l'acronyme RIM est surtout une décision de marketing. Dans un monde qui valorise tellement les images corporatives, le changement illustre que les dirigeants de RIM ont finalement écouté les 2,5 milliards d'utilisateurs de téléphones cellulaires dans le monde.

Un nom n'est cependant qu'une façade. Les consommateurs n'achètent pas un nom, mais un produit. Et le produit BlackBerry a toujours conservé un avantage commercial majeur sur ses concurrents, la sécurité de son système de courriel. Samsung et Apple ont grugé les parts de marché de BlackBerry pendant qu'ils manufacturaient des téléphones intelligents plus performants, mieux conçus. BlackBerry a tenté de les concurrencer, sans succès. Le iPhone d'Apple l'a dépassé en 2010, et Samsung les a devancés tous les deux en 2011, signe que les clients sont infidèles quand un compétiteur propose mieux.

Aujourd'hui, BlackBerry ne détient plus que 3% des parts de marché. Mais 3%, ce sont toujours 80 millions d'utilisateurs. Des dizaines de millions conservent leur «vieux» BlackBerry parce qu'ils préfèrent les claviers physiques traditionnels, avec de vrais boutons, plutôt que les claviers virtuels qui apparaissent à l'écran. Et puis il y a des centaines de millions de clients potentiels, moins fortunés, qui ne peuvent se payer l'iPhone ou son clone si bien réussi de Samsung.

Plutôt que de se concentrer sur ces marchés payants, l'ex-RIM s'est éparpillée. Elle a tenté de concurrencer Apple en lançant une mini-tablette: ça sentait la copie mal faite du iPad. Au moins si elle avait été moins chère! Elle a fini dans le rayon des soldes. Pendant ce temps, elle oubliait ses «vieux» clients qui étaient restés fidèles à leur appareil sécuritaire, cet atout qu'elle omettait toujours de mettre de l'avant. La clientèle d'affaires, les gouvernements et des millions d'autres utilisateurs opteront toujours pour la sécurité avant tout.

Depuis 18 mois, les investisseurs ont provoqué le coup de barre. Les fondateurs ont quitté et l'entreprise, qui s'en allait à sa perte, est dirigée aujourd'hui par Thorsten Heins. Il tente de lui redonner un sens avec son doublé Q10 et Z10.

BlackBerry persistait, hier, à ne pas vanter son grand atout, mais les usagers ont eu le signal clair, hier, que peu importe leur préférence d'appareil (clavier physique ou virtuel), ils ont été entendus.

Nous saurons dans quelques mois comment les consommateurs réagiront au nouveau BlackBerry. Ce sera la vraie mesure du succès de l'entreprise. Il ne faut pas se fier aux réactions épidermiques des marchés boursiers, ou de certains analystes, pour prédire ce qui arrivera à l'ex-RIM.

Ce que l'on sait déjà, toutefois, c'est que la prospérité stimulée jusqu'ici par BlackBerry ne se limitera plus au sud de l'Ontario, mais pourrait atteindre Ottawa-Gatineau. Le plus récent logiciel d'exploitation du BlackBerry a été conçu à Ottawa par la société de haute technologie QNX. Plusieurs applications ont quant à elles été mises au point par Macadamian Technologies, une entreprise aujourd'hui établie à Gatineau.

Après la perte de Nortel, il serait triste que le secteur technologique canadien perde BlackBerry en plus...

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