Prélude à un Sommet mal parti

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Pierre Jury
Le Droit

Un mois avant le Sommet sur l'enseignement supérieur, qui doit se tenir les 25 et 26?février prochains, le ministre Pierre Duchesne et son gouvernement auraient bien fait de se garder de tout commentaire sur ce sujet qui a divisé le Québec pendant tout le printemps 2012. Difficile maintenant de reprocher à l'ASSÉ de croire que les dés sont pipés!

 

 

Le ministre, comme la première ministre Pauline Marois, a déjà fermé la porte à la gratuité des études universitaires parce qu'impossible dans le présent contexte financier au Québec. Si nous ne pouvons qu'être d'accord avec cette lecture de la problématique, ce n'est pas la position à adopter de la part des hôtes d'un sommet qu'on veut historique quand on veut que les gens s'y présentent avec un esprit ouvert.

De la même manière, le gouvernement Marois aurait dû retarder l'imposition de restrictions budgétaires de 124 millions$, annoncées récemment aux recteurs des universités québécoises. Eux aussi n'ont qu'une idée en tête: de faire annuler ces restrictions et de reprendre leur discours d'un creux de financement qui se chiffre en centaines de millions!

Maintenant que le ministère de l'Enseignement supérieur élabore des scénarios autour d'une hausse des droits de scolarité entre 2 et 3,5%, cela envoie nécessairement le message que l'orientation globale des élus québécois est arrêtée, sauf pour ses modulations finales.

Rappelons l'image de Pauline Marois, casserole en main et carré rouge à la boutonnière, paradant dans les rues pour appuyer les revendications étudiantes de ce Printemps érable. Combien de ces derniers s'attendaient à ce que, huit mois plus tard, elle coupe court au débat philosophique et laisse miroiter une indexation des frais d'études? Surtout dans les rangs de l'ASSÉ?

Cette composante de la CLASSE avait adopté les positions les plus radicales le printemps dernier. Elle milite pour un débat sur les principes que doit endosser l'État québécois sur la question de l'enseignement supérieur. Sa position est limpide depuis le début: elle croit en la gratuité.

(Comme le croyait aussi le Parti libéral du Québec... en 1960. Trop peu d'observateurs rappellent que c'était une tout autre époque, moins d'un an après le décès de Maurice Duplessis. Le Québec avait un urgent et énorme rattrapage à faire pour grossir les rangs de ses plus instruits. La gratuité, comme on la constate en France encore aujourd'hui, était perçue comme un investissement collectif essentiel pour intéresser toute une génération de Québécois vers l'enseignement supérieur.)

Québec a ainsi rejeté du revers de la main la prémisse de l'ASSÉ et tout le débat philosophique qui sous-tend sa position.

Pourtant, «il faut une approche qui va favoriser le compromis», lançait le ministre Duchesne il y a deux semaines. Quel compromis?

À la place, plusieurs des parties qui doivent être à la table du Sommet sur l'enseignement supérieur se sont lancées dans une guerre de chiffres où chacun avance des statistiques tronquées émanant de rapports «intéressés», défendant les points de vue qui les arrangent. Ainsi, la gratuité postsecondaire coûterait 668 millions$ pour les uns, ou encore 1 et 1,1 milliard$ pour d'autres. Quant au manque à gagner des universités, il serait de 300 millions$ pour les uns, 800 millions$ pour les autres. De quoi en perdre son latin.

Dans un tel contexte, nous aurions espéré que les ultimes décideurs dans ce dossier, le gouvernement Marois, fassent donc preuve de retenue sur les orientations qu'il favorise.

Entre-temps, la déception des étudiants, qui combattent ou pour l'université gratuite ou pour une augmentation très modeste des droits de scolarité, est déjà palpable. Comme celle de recteurs d'université qui sont soupçonnés d'être de mauvais gestionnaires des fonds publics.

Et c'est tout le Sommet sur l'enseignement supérieur qui risque d'avorter.

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