Université : pourquoi pas tout moduler ?

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Pierre Jury
Le Droit

Le Québec explore combien devrait coûter les frais d'études universitaires et les propositions vont dans tous les sens. D'une augmentation de 75 % sur cinq ans, ce qu'a tenté de faire accepter le gouvernement Charest, à la gratuité totale, comme le souhaitent plusieurs étudiants.

Le gouvernement de Pauline Marois, allié aux étudiants au cours du Printemps érable, espère simplement faire accepter une certaine forme d'indexation qui pourrait s'inspirer de l'Indice des prix à la consommation, ou du taux d'inflation.

L'avenir dira ce sur quoi les partenaires du milieu de l'éducation supérieure réussiront à dégager comme possible consensus.

Entre-temps, plusieurs propositions émergent. Au cours d'un récent débat entre les candidats à la direction du Parti libéral du Québec, l'ex-ministre des Finances Raymond Bachand a avancé l'idée d'une modulation des frais de scolarité. Ses deux adversaires, Philippe Couillard et Pierre Moreau, sont d'accord.

Grosso modo, le Québec pourrait suivre l'exemple de l'Ontario, entre autres, en imposant des frais différents selon la faculté.

Le recteur de l'Université de Montréal, Guy Breton, a endossé le concept, cette semaine. Il a confié que « ça n'a aucun bon sens qu'un étudiant en histoire paie 40 % de sa formation et que l'étudiant en médecine vétérinaire paie 5 %, avec des expectatives de revenus qui ne sont pas les mêmes », tel que rapporté dans La Presse.

Pourquoi ne pas aller plus loin dans cette logique ? Si des différences sont acceptables aux yeux du recteur Breton entre histoire et médecine vétérinaire, pourquoi un étudiant en sociologie à Sherbrooke, à Gatineau et à Montréal devraient-ils payer le même montant ? Nous ne parlons pas ici d'écarts qui iraient du simple au double, mais le ministère québécois de l'Enseignement supérieur ne pourrait-il pas tolérer une différence de quelques centaines de dollars par année entre plusieurs universités ?

Elles n'ont pas les mêmes frais fixes. Les professeurs ne font pas les mêmes salaires partout. Certaines sont en plein centre-ville, d'autres en banlieue, d'autres encore en région. Construire un nouveau pavillon ne coûte pas la même chose à Rimouski qu'à Montréal. Les coûts de la vie n'y sont pas pareils non plus.

Alors pourquoi l'Université de Montréal exige-t-elle des frais similaires à l'Université du Québec en Outaouais, McGill University ou l'Université Laval ?

Pourquoi une plus petite université ne pourrait-elle pas utiliser certains principes du libre-marché et proposer une formation supérieure à un tarif réduit pour se bâtir une clientèle, une réputation ?

C'est un peu ce qui existe aux États-Unis, il est vrai. Les « universités d'État » offrent une formation pour environ un tiers des universités privées. Ainsi, ceux qui veulent fréquenter l'université peuvent le faire à une fraction des 35 000 $ par an d'une institution prestigieuse comme Harvard.

La France, pays si vanté pour son égalitarisme, permet quant à elle des « grandes écoles » élitistes, qui trient leurs étudiants sur le volet (8 % d'acceptation). Mais une formation universitaire est également disponible pour ceux qui sont un peu moins méritants, ou qui ne jouissent pas des mêmes avantages sociaux.

Cette inégalité des frais, d'un département à l'autre, d'une université à l'autre, serait ainsi en tout point à l'image de notre société. D'un employeur à l'autre, d'une région à l'autre, d'un département à l'autre, subsistent des différences de traitement.

À une époque où tout est sur la table sur la question des universités, le gouvernement du Québec devrait ainsi être ouvert à élargir la modulation des droits de scolarité au-delà des facultés, pour y inclure les universités elles-mêmes. Quitte à décloisonner, décloisonnons jusqu'au bout !

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