L'Outaouais et son déficit post-secondaire

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Pierre Jury
Le Droit

Depuis un an, le Québec n'en a que pour deux sujets : la corruption dans la construction et les études post-secondaires. Si le Parti libéral était fermement convaincu d'une augmentation substantielle des frais universitaires, l'élection du Parti québécois a fait fléchir le débat vers une vaste consultation où tous les acteurs auraient leur mot à dire. C'est ce qui a repris, cette semaine, et Gatineau est le théâtre d'un forum citoyen aujourd'hui, qui s'inscrit dans cette vaste démarche de dialogue.

Les problématiques soulevées à travers le Québec valent pour l'Outaouais. En bonne partie parce que les frais d'études sont contrôlés à Québec et que les défis d'accessibilité au plan du financement sont assez semblables dans toutes les régions. Ainsi, l'Université du Québec en Outaouais en arrive aux mêmes constats de sous-financement que ses alliés du réseau de l'Université du Québec et des autres universités comme celles de McGill, Montréal ou Laval. Cela fait même plusieurs années que l'UQO s'en plaint et chante le même refrain que la CREPUQ, la Conférence des recteurs des universités du Québec.

Les étudiants de l'Outaouais, pour leur part, confrontés aux mêmes factures, en arrivent aussi aux mêmes constats d'accessibilité, d'endettement, etc.

Ainsi, il serait facile pour les observateurs de l'extérieur de la région qui se sont déplacés à Gatineau de conclure que l'Outaouais vit une situation similaire à d'autres régions.

Mais ce serait se tromper. Il ne faut surtout pas que le ministre de l'Éducation supérieure, Pierre Duchesne, ait cette impression.

Car l'Outaouais vit une situation très particulière. Différente de toutes les autres. Pire ? Au ministre à en juger.

(En fait, cette singularité ne vaut pas que sur les questions d'éducation, mais aussi dans les domaines de la santé, du développement économique, etc.)

L'Alliance pour la cause de l'enseignement supérieur en Outaouais en fait le constat. Le voici : « les établissements collégiaux de l'Outaouais comptent 29 formations techniques de moins que ceux du Saguenay-Lac-Saint-Jean et 21 de moins que ceux de la Mauricie ; de même l'Université du Québec en Outaouais compte respectivement 38 et 65 programmes de moins que les universités desservant chacune de ces deux régions. »

Une des conséquences de ces lacunes est que 2600 étudiants poursuivent leurs études de niveau post-secondaire à Ottawa. Beaucoup sont formés en français, mais d'autres en anglais : par son inaction, Québec encourage ainsi une certaine forme d'assimilation vers l'anglais. Tous sont formés en fonction des politiques, des normes et des barèmes ontariens ; par son inaction, Québec encourage et stimule l'économie de l'Ontario en envoyant sa relève s'y préparer.

Le Québec est justement confronté à des manques à ces deux niveaux : manque d'une population de langue française et manque d'une main-d'oeuvre formée pour relever ses défis économiques.

L'Outaouais a porté ces messages dans le passé à Québec, mais jamais avec une telle unanimité. Rarement dans l'histoire récente la région a-t-elle devant elle une oreille aussi attentive sur la question des études post-secondaires.

Malheureusement, les appels de l'Outaouais risquent d'être noyés dans le lot des attentes financières de toutes les parties concernées par ces questions. Ce serait bien dommage. Car les appels de l'Outaouais ne sont pas d'abord financiers, mais organisationnels. Certes, la mise à niveau de l'enseignement post-secondaire avec le reste du Québec aurait des impacts financiers substantiels. Mais il y a une question de principe qui est en jeu ici.

Après le Printemps érable, le gouvernement du Parti québécois s'est engagé à ramener le dialogue avec la population étudiante. Il en faisait une question de principe. Il y en a une autre en Outaouais qui bouillonne depuis 20 ans, l'iniquité de l'offre post-secondaire.

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