Le cégep, cible facile

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Pierre Jury
Le Droit

Sentant qu'il traîne de la patte dans la course à la direction du Parti libéral du Québec, Pierre Moreau y est allé d'une énormité sans fondement en imputant les problèmes de diplomation des jeunes Québécois à la présence des cégeps.

Ces collèges, créés dès 1967, ont le dos large ! Enfants uniques dans le monde de l'éducation au Canada, ils ont peut-être de la difficulté à expliquer leur existence, mais de là à être coupables du décrochage scolaire ? Ça ressemble davantage à une boutade lancée par M. Moreau dans l'espoir qu'il se démarque de ses adversaires Raymond Bachand et Philippe Couillard. Et le premier débat des candidats à la succession de Jean Charest, tenu dimanche à Montréal, était le moment opportun pour le négligé de la course d'y aller d'une opinion qui sert davantage à faire parler de lui, en bien ou en mal, qu'à susciter l'admiration quant à la justesse de son propos.

Comme sujet de discussion, les cégeps québécois se retrouvent au même niveau que les commissions scolaires. La nouvelle droite au Québec trouve toujours le moyen de dire que les commissions scolaires - appelés « conseils » en Ontario - s'avèrent une structure trop coûteuse pour les services qu'elle rend aux élèves québécois. Ainsi, le chef de la Coalition Avenir Québec, François Legault, lançait il y a un peu plus d'un an que les cégeps étaient « de belles places pour fumer de la drogue et décrocher ! »

Le candidat Moreau souhaite-t-il ainsi, du même coup, signaler un petit virage à droite pour le Parti libéral ? Cela reste à voir...

Signe qu'il n'aura sans doute pas de succès sur cette voie, MM. Bachand et Couillard ne l'ont pas suivi. La sagesse de l'expérience, sans doute.

Cela dit, il n'est pas inutile de rappeler le pourquoi des cégeps, et pourquoi ils sont une structure utile pour les étudiants. Pas essentielle, puisque ceux des autres provinces réussissent sans eux, mais certainement utile.

Dans les années 1960, le Québec était certes conscient du retard de sa population au niveau scolaire, et tout particulièrement pour celui de sa diplomation postsecondaire. Le rapport Parent, qui a fait le tour de la question, a ainsi proposé la création de collèges d'enseignement général et professionnel (cégeps) où seraient offerts à la fois de la formation professionnelle (des cours techniques) et une formation générale, menant aux études universitaires. Au fil des ans, il s'est créé 48 cégeps au Québec, dont cinq de langue anglaise. Il y en a deux en Outaouais, un anglais (Heritage College) et un français, le Cégep de l'Outaouais.

Les cégeps représentent donc un élément constitutif du réseau de l'éducation au Québec.

Mais cela ne fait nécessairement pas du Québec un exemple à suivre en matière de diplomation postsecondaire, comme le soutient en substance la Fédération des cégeps, comme elle l'a soutenu en réponse à l'« attaque » de Pierre Moreau. En groupant le nombre de diplômés des cégeps et ceux des universités du Québec, la Fédération arrive à un taux gonflé de 69 % de diplômés, contre les 61 % de l'Ontario, au second rang au pays. Quant au rôle de développement régional des cégeps, encore là, c'est se donner beaucoup d'importance. Certes, les cégeps sont importants pour les régions, pour assurer la formation locale des jeunes, comme moteurs économiques aussi. Ailleurs au Canada, il se fait de l'aussi bon développement régional sans les cégeps.

C'est dans une région frontalière comme l'Outaouais que s'apprécient le mieux les différences entre les deux systèmes, le québécois et le canadien, comme nous l'avons déjà souligné (« À la défense des cégeps », LeDroit, 18 octobre 2011). Pour les étudiants du parcours général, les cégeps forment des étudiants mieux préparés à l'enseignement universitaire, plus matures. Par contre, au plan de la formation technique, la rigidité du système québécois semble le handicaper par rapport au réseau des collèges communautaires de l'Ontario, qui répond mieux, et plus rapidement, aux besoins du milieu du travail.

Ce qui ne signifie pas, comme l'a sous-entendu Pierre Moreau, qu'il faille défaire complètement le système collégial du Québec pour autant.

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