Difficile vivre ensemble

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Pierre Jury
Le Droit

Les questions autochtones au Canada bouleversent profondément notre société. Les «colonisateurs» occidentaux ont traité pendant des décennies les Premières Nations comme des peuples inférieurs, sans droits ni cultures à préserver. Heureusement, les «blancs» ont cheminé et depuis quelques décennies, tentent avec plus ou moins de conviction, et avec moins que plus de succès, de réparer la relation entre les deux communautés.

À divers intervalles plus ou moins prévisibles, la relation entre le gouvernement du Canada et les Premières Nations revient au haut de la liste. Les raisons sont parfois un peu obscures, comme ces semaines-ci où des manifestations de solidarité autochtone ont eu lieu dans plusieurs régions du pays. Elles sont en grande partie reliées aux intentions du gouvernement conservateur de réduire les protections environnementales de centaines de voies navigables au pays.

Plus récemment, la chef de la communauté crie d'Attawapiskat, Theresa Spence, a entrepris une grève de la faim. À l'automne 2011, sa communauté sur les rives de la baie James a fait l'objet de nombreuses récriminations concernant les conditions insalubres que devaient supporter les quelque 1500 habitants de l'endroit. Elle souhaitait une rencontre avec Stephen Harper, ce que LeDroit appuyait en éditorial («Spence c. Harper», 3?janvier). Le premier ministre a finalement accepté. L'entretien doit avoir lieu vendredi.

Depuis, ce n'est sans doute pas par hasard qu'un rapport indépendant de la firme Deloitte a été coulé aux médias. La vérification comptable est assassine: près de 80% des 104 millions$ versés par Ottawa à la réserve d'Attawapiskat, entre 2005 et 2011, ne sont pas appuyées par des pièces justificatives. Le train de vie de Mme Spence, depuis qu'elle dirige la réserve, en 2010, est princier.

Au-delà du scandale financier, les Canadiens sont horrifiés de constater les conditions de vie dans lesquelles sont confinées trop de communautés autochtones au pays. Il y a le scandale humain: la pauvreté, le désoeuvrement, les problèmes d'alcoolisme et de drogues, la violence, les insalubres conditions de vie,?etc. Et il y a le scandale financier, le gaspillage de millions de dollars issus des fonds publics qui irritent les contribuables canadiens.

La distance n'explique pas tout, pas plus que l'état de totale dépendance dans lesquelles les Premières Nations ont été plongées en raison des réflexes colonialistes de «l'homme blanc». Il y a de toute évidence d'énormes problèmes de gouvernance dans plusieurs réserves, à l'instar d'Attawapiskat. Gérer l'abondance est aussi difficile que gérer le vide.

Et avec la victoire des 600000 Métis et des Indiens sans statut devant la Cour fédérale, hier, se dresse à moyen terme la possibilité que double la population autochtone... et le fardeau sur les finances publiques. (Mais cette décision des tribunaux ira assurément en appel, et le processus jusqu'à la Cour suprême pourrait facilement prendre une autre décennie.)

En attendant, cela ne règle pas les problèmes des Premières Nations, d'Attawapiskat et les autres, ni la contestation des nouvelles politiques environnementales des conservateurs par le mouvement Idle No More.

En politisant davantage les échanges prévus vendredi, les deux parties s'éloignent d'un dialogue qu'ils n'ont pas le choix de maintenir. Les Premières Nations ont tenu divers discours, plus ou moins accommodants selon les bandes, les leaders, les époques. En face, les gouvernements à Ottawa ont utilisé diverses approches, avec de trop minces succès. Le colonialisme des «Blancs» ne fonctionne pas plus avec eux qu'il n'a fait avancer l'Afrique noire. Les solutions extérieures ne tiennent pas.

Les accords entre nos peuples sont comme des blocs d'une pyramide en construction, énorme, lente, aux progrès parfois imperceptibles. Mais nous sommes condamnés à vivre ensemble. Les autochtones ne disparaîtront pas, ni les Canadiens qui ont une certaine dette d'honneur envers eux, et une certaine tolérance aussi.

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