Fantino et la confusion de l'aide internationale

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Pierre Jury
Le Droit

La mission de l'Agence canadienne de développement international est fort simple et se limite à quelques mots : « Mener l'effort international du Canada pour aider les populations qui vivent dans la pauvreté. » Mais le ministre responsable de l'ACDI, Julian Fantino, semble avoir de la difficulté à la comprendre...

Nous savions le gouvernement conservateur préoccupé par la question d'efficacité, et ce souci d'offrir une aide qui stimule des changements concrets dans les régions ciblées est tout à fait normal. Les Canadiens qui font des dons de charité, tout comme leur gouvernement, tiennent à ce que leurs efforts donnent des résultats tangibles.

Mais la sévérité des propos du nouveau ministre responsable de la Coopération internationale - il a pris la relève de Bev Oda en juillet 2012 - à propos de la situation à Haïti démontre un manque de sensibilité et un affairisme regrettable qui va bien au-delà des politiques officielles mises en place par Stephen Harper. Sous son gouvernement, la mission de l'ACDI a accéléré son glissement vers une aide intéressée qui doit de plus en plus satisfaire les intérêts commerciaux mis de l'avant par M. Harper, notamment l'industrie minière.

Il n'est plus simplement question d'aider « les populations » qui vivent dans la pauvreté, mais bien certaines populations, et tout particulièrement celles qui vivent dans des pays où il y a des ressources premières intéressantes pour des entreprises canadiennes. Il fut une époque pas très lointaine où le gouvernement canadien encourageait le financement de certains projets d'infrastructure dans des pays en voie de développement, à la condition plus ou moins tacite que les contrats échouent entre les mains de nos grandes firmes d'ingénierie. Il appert que cette politique servant nos intérêts nationaux en même temps que ceux des populations que nous aidions a été poussée plusieurs crans plus loin. Selon certaines sources, les efforts diplomatiques du Canada à l'étranger sont solidement consacrés à aider les entreprises minières canadiennes, entre autres en faisant du lobbying auprès des gouvernements étrangers afin qu'ils assouplissent les règles touchant cette industrie. En Afghanistan, pendant la présence militaire canadienne dans ce pays, l'action de l'ACDI aurait aussi été inféodée aux intérêts stratégiques du gouvernement Harper, plutôt que la seule cible d'une aide aux populations plus pauvres.

Mais les opinions de M. Fantino vont beaucoup plus loin que la politique intéressée du gouvernement de M. Harper. Ses commentaires mettant en opposition Haïti et le développement de la République dominicaine voisine relèvent d'une logique primaire, sans nuances. Ses propos sur la propreté des lieux et de la disponibilité de tous ces bras « qui pourraient s'impliquer et nettoyer » démontrent un jugement de valeur indigne d'un représentant du gouvernement chargé des dossiers d'aide internationale.

Depuis l'arrivée du gouvernement Harper, la mission de l'ACDI n'a peut-être pas changé mais son mandat et la manière de le réaliser ont été remis en question. Nous entendons de plus en plus parler d'une agence à la direction confuse, bousculée, en mal d'une direction plus fidèle à sa mission première. La dernière sortie du ministre responsable, Julian Fantino, n'ira sans doute pas dans le sens d'une réparation.

En 2013, l'Agence canadienne de développement international célèbre ses 45 années d'action pour alléger la pauvreté dans le monde. Pendant que ses budgets croissaient, ce monde s'est progressivement rétréci et depuis 2009, 80 % des 3,5 milliards $ de l'ACDI sont maintenant ciblés dans 20 pays seulement... à moins que ce ne soit pour financer la santé maternelle et des enfants, une initiative personnelle du premier ministre Harper fort louable, mais sortie de nulle part. Si le ministre Fantino parle de propreté des rues à Haïti, nous pourrions parler de confusion dans l'action canadienne !

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