Justin Trudeau et le devoir de l'histoire

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Pierre Jury
Le Droit

Le Québec n'a pas endossé la Loi constitutionnelle de 1982. Cette absence à la table des signataires est comme une plaie au visage du pays, une plaie qu'il serait possible de guérir si tous ceux qui sont concernés démontraient une solide dose de bonne volonté. L'ampleur du mandat est loin d'être négligeable : elle est herculéenne, même, mais il faudra, un jour, s'y mettre. Il y a là un devoir de l'histoire.

Il n'y a pas urgence en la demeure mais le plus tôt sera le mieux. Il est impossible de prédire les conditions qui pourraient prévaloir à l'avenir. De la même manière que certains souverainistes purs et durs pressent la direction du Parti québécois de s'engager à tenir un référendum le plus rapidement possible, les forces fédéralistes au Canada ne devraient pas gaspiller une occasion de corriger un impair de notre histoire collective. Ce qui ne veut pas dire en faire une obsession et se jeter dans un processus aux perspectives négatives.

Mais il faut oser. Le chef du pays en a le devoir moral.

Ce n'est pas ce qu'entend faire Justin Trudeau. Favori de plusieurs dans la course à la direction du Parti libéral du Canada, le fils Trudeau a affirmé qu'il n'avait nullement l'intention de s'empêtrer dans de nouvelles rondes de pourparlers constitutionnels. Ces discussions souvent ennuyeuses, parfois stériles, souvent que l'apanage d'initiés, ont marqué la fin du règne de son paternel, Pierre Elliott Trudeau. Ce dernier, peut-être de guerre lasse devant René Lévesque, a tranché en allant de l'avant avec sa réforme constitutionnelle en l'absence du Québec.

Personne ne s'attend à ce que Justin Trudeau aille à l'encontre de l'héritage de son père. La pomme ne tombe jamais bien loin de l'arbre.

Mais au cours des trois décennies qui ont passé depuis le rapatriement de la Constitution, en 1981, le Québec sous toutes ses couleurs politiques n'a pas cédé devant Ottawa. C'est dire combien la position québécoise jouit d'un large appui. Le Québec est résolu à se tenir debout et ne cédera pas mollement pour obtenir les garanties qu'il recherche dans la structure fédérale ou à tout le moins, dans la marche à suivre pour la réécrire. Du côté québécois donc, ce n'est pas une question strictement partisane. Cela va bien au-delà.

Pierre Elliott Trudeau était un homme du xxe siècle. Son fils, lui, est un homme du xxie siècle. Un nouveau siècle, une nouvelle époque, de nouvelles idées. S'il doit un jour diriger le Parti libéral, il doit le nourrir d'un nouveau plan, visionnaire et ambitieux ; les Canadiens ne s'attendent pas à moins de lui, compte tenu des gènes qui l'ont formé. C'est pourquoi il est triste de le voir rejeter du revers de la main les aspirations de millions de Québécois qui ne demandent pas mieux que de se sentir comme des Canadiens à part entière, respectueux et respectés.

Affirmer que la nouvelle génération québécoise n'a pas l'appétit pour ces palabres constitutionnelles, qu'ils préfèrent parler d'économie et d'emploi, voilà qui est réducteur. Certes, le temps n'est pas aux rêves constitutionnels. Entendons-nous à ce sujet. Mais un jour, il sera le temps. Une constitution est comme un contrat de mariage. Quand deux personnes cohabitent, il arrive un jour où le fruit est mûr pour officialiser leur union. Un jour, le fruit sera mûr pour le Québec et le Canada de régulariser leur statut conjoint.

Justin Trudeau doit être prêt pour ce moment. Le thème n'est peut-être pas au goût du jour, ces années-ci, mais il le reviendra. En prévision, les Canadiens et les Québécois souhaitent savoir à quelle enseigne il se loge.

Justin Trudeau doit rêver à la réintégration du Québec au sein de cette union de provinces qui forment le Canada. Son père a peut-être été coincé par le temps ; le fils en a le privilège, deux ou trois décennies pendant lesquelles il pourrait corriger l'impair constitutionnel. Les Québécois s'attendent à ce qu'il relève ce défi herculéen, puisqu'il aime tant le Québec et le Canada. Balayer la question sous le tapis n'est pas digne d'un Trudeau.

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