Magasinage ailleurs, trahison chez nous

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Pierre Jury
Le Droit

L'attrait des bas prix aux États-Unis s'avère bien réel. Pour certaines denrées, pour certains produits, les différences sont suffisamment importantes pour faire écarquiller les yeux.

Mais il faut faire bien attention non seulement aux prix affichés. Il y a bien plus que la somme en jeu. Certaines garanties ont une portée limitée, plusieurs biens font l'objet de mises en garde supplémentaires: plantes, antiquités, feux d'artifice, produits pour bébés, produits avec des exigences de sécurité,?etc.

Sans compter que l'Agence des services frontaliers du Canada doit faire respecter des limites sur la valeur des marchandises rapportées au pays, avec soi ou par courrier. Ces plafonds ont été haussés en 2012, mais ils existent quand même. Il faut séjourner plus de

24 h pour profiter d'une exemption maximale de 200$. Plus de 48 h, l'exemption passe à 800$. Tout ce qui surpasse ces plafonds doit faire l'objet d'une déclaration et du paiement de droits et de taxes.

Aller faire son épicerie à Ogdensburg, juste au sud de la frontière, n'a pas la même signification que si on allait magasiner à Montréal ou à Kingston.

Mais faisons fi de ces considérations comme ce Gatinois dont les habitudes de consommation faisaient l'objet d'un reportage dans notre édition de vendredi. Présumons qu'il respecte les lois, les périodes de séjour et les plafonds d'exemption. L'enjeu en vaut-il alors la peine? Nous ne le croyons pas. Car des considérations fiscales, environnementales et économiques viennent mitiger l'attraction des bas prix.

Autant l'idée de payer des taxes et des impôts repousse certains Canadiens, autant il importe de rappeler que nos gouvernements fonctionnent en bonne partie sur les revenus que ces sommes génèrent. Celles que nous payons à d'autres gouvernements ne viennent pas contribuer à notre fardeau collectif. Quiconque utilise ce stratagème fait quelque chose qui s'apparente au travail au noir, par exemple. Chaque dollar payé en taxes et impôts sert à payer une multitude de services essentiels, notamment en santé et en éducation. Le devoir citoyen demeure, peu importe où l'on magasine.

Qu'une poignée de contribuables décide de consacrer leur temps pour faire leurs emplettes aux États-Unis est leur décision. Mais au plan environnemental, il y a un peu un non-sens de dépenser toute cette énergie, toutes ces émanations d'hydrate de carbone, pour faire des économies. On peine à imaginer ce gaspillage si des centaines de consommateurs décidaient de faire de même, se suivant à la queue leu leu pour passer la frontière!

Enfin, il y a toutes ces considérations économiques.

Ce n'est pas par hasard que parmi les plus importants écarts de prix entre le Canada et les États-Unis touchent les oeufs, la volaille et les produits laitiers. Ces trois catégories d'aliments font l'objet d'un contrôle des prix baptisé «gestion de l'offre». Afin d'aider les producteurs agricoles, le Canada a accepté la création d'agences de commercialisation qui dictent les prix. De telles agences n'existent pas aux États-Unis car les Américains s'avèrent de plus ardents défenseurs des dogmes du libre marché. Le débat sur ces agences de réglementation a lieu ces années-ci dans le cadre des négociations sur le libre-échange qui ont lieu à l'Organisation mondiale du commerce. La position canadienne à ce sujet n'est pas tout à fait limpide et l'on croit que le gouvernement conservateur aimerait y mettre fin, tout en voulant ménager les impacts sur les fermes au pays.

L'essentiel des écarts de prix entre le Canada et les États-Unis n'est pas dû à un système de réglementation mais plutôt à des coûts plus élevés de distribution dans le petit marché canadien, par exemple. Les différences de prix pour les livres, les logiciels, l'électronique, par exemple, ont été largement documentées au fil des ans, et ne peuvent pas être expliquées facilement. Est-ce que cela vaut la peine de faire des voyages réguliers aux États-Unis pour se les procurer? La plupart des Canadiens croient que non. Nous nous rangeons derrière la sagesse populaire.

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