Ford... comme Labine

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Pierre Jury
Le Droit

Quand Gérald Tremblay a quitté son poste de maire de Montréal, puis Gilles Vaillancourt, celui de Laval, personne n'anticipait que la prochaine cible serait... à Toronto !

Rob Ford, un politicien de droite qui ne fait pas dans la dentelle, a ainsi été déclaré coupable de violation de la loi ontarienne en matière de conflits d'intérêts. Il a récolté ce qu'il a semé. Provocateur, affichant l'attitude de celui qui a toujours raison, le maire Ford a fait fi des procédures contre lui, allant jusqu'à prétendre qu'il n'avait jamais lu la loi qui l'a finalement mené à sa perte.

Mais le cas de Rob Ford, il faut le reconnaître, n'a rien à voir avec MM. Tremblay et Vaillancourt. Ces deux n'ont jamais été accusés mais les administrations qu'ils ont dirigées à Montréal et Laval sont depuis plusieurs années sous la loupe et soupçonnées de malversations qui leur ont profité, ou personnellement ou politiquement. Ils ont quitté parce que la pression de la marmite était trop forte et qu'ils n'avaient plus la légitimité pour terminer leur mandat.

M. Ford n'a rien fait du genre. Au contraire, il a plutôt livré la marchandise pendant ses 10 années comme conseiller municipal à Toronto, et depuis deux ans comme maire. Il a concentré son action autour d'un programme simple mais efficace avec des slogans comme « Stop the Gravy Train » et « Respect for Taxpayers » visant une réduction des dépenses non essentielles à Toronto. Ses idées rappellent un peu la « Révolution du bon sens » du premier ministre de l'Ontario Mike Harris. Son père, Rob Ford Sr., a d'ailleurs agi comme député conservateur sous M. Harris. Comme les réformes de ce dernier, celles de Rob Ford à Toronto se sont butées à un mur de protestations, particulièrement pour la sauvegarde de certains services publics.

M. Ford ne s'est pas fait « prendre » sur une technicalité de la loi, comme certains avancent pour le défendre. Le fait que son geste n'ait aucunement mené à son enrichissement personnel démontre peut-être qu'il agissait de bonne foi (le financement de sa propre fondation pour aider de jeunes joueurs de football), mais n'a rien à voir avec le fond de l'histoire. Il est entré en contact et a sollicité des fonds de fournisseurs de la Ville de Toronto. Il se plaçait de facto en position de conflit d'intérêts. La somme, 3150 $, a beau être négligeable, le principe a été floué. Son comportement ultérieur, dans ce dossier, a aggravé son dossier, car il ne pouvait prétendre ne pas avoir été au courant de la loi et de ses effets. Cela a ultimement démontré à la Cour supérieure de l'Ontario sa culpabilité. Le juge Charles Hackland n'a pas eu le choix : la pénalité est automatique et prévoit la destitution après 14 jours, et l'inéligibilité au cours du présent mandat.

M. Ford a fait appel et la cause devrait être entendue dès janvier. La cour serait sage de lui permettre de demeurer en poste jusqu'à la fin de l'appel.

Entêté, il n'a pu s'empêcher, lundi, de blâmer les militants de « la gauche qui veut me chasser de l'hôtel de ville », promettant d'inscrire son nom sur un bulletin de vote dès la prochaine élection partielle. De toute évidence, il ne comprend rien aux lois ou s'amuse à en ignorer la portée.

Son mea culpa, hier, ne sonnait pas nécessairement faux, mais était loin de l'homme que les Torontois ont élu.

S'il n'y a aucun parallèle à dresser entre MM. Ford, Tremblay et Vaillancourt, il y en a un avec l'ex-maire de Gatineau Robert « Bob » Labine.

En 1994, il avait été destitué pour une infraction similaire en rapport à un conflit d'intérêts. Il s'en était défendu, prétextant l'erreur de bonne foi. Il avait voté au conseil sur un projet dans lequel il avait un intérêt pécuniaire mineur. Et à ceux qui soutiennent que la loi en telle matière est plus sévère en Ontario qu'au Québec, ils n'ont pas raison. M. Labine a été proclamé inéligible pour une période de cinq ans. Une élection complémentaire a dû être tenue, remportée par Guy Lacroix, qui a été réélu en 1995. Quand ce dernier s'est désisté, en 1999, M. Labine s'est représenté et l'a emporté contre Berthe Miron et Rosaire Cauchon.

M. Ford peut se consoler, les électeurs ont la mémoire courte. Ils ont pardonné à M. Labine, ils lui pardonneront aussi.

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