Une dure course

Partager

Pierre Jury
Le Droit

La campagne à la direction du Parti libéral du Canada s'était officiellement déclarée, la semaine dernière, mais la férocité des arguments, ces derniers jours, en marque le réel démarrage. Il n'aura fallu dénicher qu'une seule vieille entrevue de Justin Trudeau, le leader de la course selon les sondages, pour plonger son camp dans l'embarras... et faire saliver les conservateurs !

Drôle de course au leadership alors que plusieurs observateurs craignaient un couronnement dans l'éventualité que le fils de Pierre Elliott Trudeau se présente. La confirmation du fils Trudeau n'a étonnamment fait peur à personne puisque huit autres candidats sont sur les rangs... sans compter l'ex-astronaute Marc Garneau dont les aspirations sont très difficiles à camoufler. Des neuf officiellement sur les rangs, la majorité est virtuellement inconnu hors de ses régions ou champs de prédilection. Pour mémoire, nommons-les : l'avocat d'Orléans David Bertschi, Alex Burton et David Merner, de Colombie-Britannique, Jonathan Mousley, de Toronto, René Roy, de la Beauce, et trois femmes, la constitutionnaliste Deborah Coyne, la militaire à la retraite Karen McCrimmon et l'ex-députée Martha Hall Findlay, de Toronto.

Il faudra s'attendre à des jeux de coulisse menant à des abandons avant la mi-janvier, date de finalisation du paiement de 75 000 $ exigé de tous les candidats. Il faut même le souhaiter, au-delà des qualités personnelles des candidats. Le Parti libéral du Canada peine à émerger du scandale des commandites. Il a connu quatre chefs en huit ans (Jean Chrétien, Paul Martin, Stéphane Dion et Michael Ignatieff) et le travail de reconstruction, tant au plan des idées, du membership que des finances, s'avère encore colossal. Le débat d'idées qui doit marquer la course à la direction est crucial mais à neuf ou dix sur l'estrade, avec plusieurs visages inconnus tirant dans toutes les directions, il n'offrira pas aux deux ou trois candidats plus sérieux toute la visibilité dont ils auront besoin.

Depuis qu'il a confirmé ses intentions, Justin Trudeau cristallise pas mal l'intérêt des Canadiens pour le Parti libéral, avant que ne s'amorcent une série de débats régionaux dans sept semaines. Des sondages le donnent gagnant de la course au sein de son parti ; cela n'étonnera personne. Mais le donnent aussi gagnant d'une élection fédérale, si elle avait eu lieu cet automne ! C'est dire combien la force de reconnaissance de son nom, la jeunesse qu'il incarne et ses airs de père de famille jouent fortement en sa faveur.

Il n'empêche que tout le travail reste à faire. Plusieurs aspirants politiciens avaient, en apparence, plusieurs des qualités essentielles à une belle et longue carrière, et se sont affaissés dès les premiers écueils. La politique est un métier difficile et exigeant, et les écueils au sein de son propre parti n'ont d'égal que ceux que les adversaires poseront sur la route. Comme cette entrevue vieille de deux ans de Justin Trudeau à l'émission Les Francs-tireurs, sur Télé-Québec. Le temps importe peu : un politicien convaincu doit être conséquent et il est de bonne guerre de déterrer de vieilles citations, vieilles de 10 ou 15 ans même, pour confronter le présent aux idées d'une autre époque.

L'entrevue a été réalisée bien avant que Trudeau fils songe à la direction du Parti libéral. Michael Ignatieff était alors bien en selle. Il parlait à des auditeurs du Québec et a visiblement baissé sa garde. Parlé des « Albertains » plutôt que de personnaliser en Stephen Harper sa critique de la direction que prend le Canada. Parlé d'un « nous » confondant - Québécois ? - alors qu'il parlait probablement du Parti libéral.

Entre des mains partisanes qui affectionnent la culture de la confusion, Justin Trudeau a vu ses paroles le jeter dans l'eau chaude, la première crise de sa campagne à la direction. Le mea culpa rapide est habituellement la meilleure avenue afin de tourner la page le plus rapidement possible. Cet aveu d'il y a deux ans, devenu gaffe aujourd'hui, le hantera probablement longtemps. Stéphane Dion et Michael Ignatieff peuvent en témoigner : les adversaires conservateurs ne font pas de quartier et utilisent l'attaque, même dénaturée, même emberlificotée, pour dénigrer leurs cibles. La course sera dure.

Partager

lapresse.ca vous suggère

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:1609999:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer