Le Canada, absent du cessez-le-feu

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Pierre Jury
Le Droit

Mardi, pendant que se négociait le plus récent cessez-le-feu entre Israël et les Palestiniens de la bande de Gaza, un chassé-croisé diplomatique se déployait ardemment entre Tel Aviv, Gaza City et Le Caire. Le Canada regardait des lignes de côté.

Il a fallu une journée de plus d'efforts diplomatiques pour en arriver à une cessation des hostilités, un état que tous savent extrêmement fragile, susceptible de rompre au moindre esclandre, à la moindre bavure, qu'elle origine d'un côté comme de l'autre. Israéliens et Palestiniens, qui se disputent depuis des millénaires ces rares et précieuses terres du Proche-Orient, savent bien qu'il ne suffit que d'une étincelle, même accidentelle, pour que les missiles et les attaques reprennent de plus belle.

Malgré cela, ceux qui se campent du côté de la paix espèrent toujours que la suspension des agressions armées pourra tenir plus que quelques heures, plus que quelques jours, plus que quelques mois. Ces acteurs plus convaincus étaient la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton et le nouveau premier ministre d'Égypte, Mohammed Morsi, appuyé de son propre ministre des Affaires étrangères, Mohammed Kamel Amr.

Des informations non contredites dans la presse ont avancé que M. Morsi avait parlé récemment avec plusieurs chefs d'État, dont le président des États-Unis, Barack Obama, la chancelière allemande Angela Merkel, au président français François Hollande, à la présidente du Brésil, Dilma Rousseff, ainsi qu'au président de l'Iran, Mahmoud Ahmadinejad.

Stephen Harper a été omis de la liste.

Quant au ministre Amr, il a parlé à ses homologues de l'Angleterre et de la France, mais pas à John Baird, qui a pris la relève de Lawrence Cannon à titre de ministre des Affaires étrangères.

Pour tout dire, dans cette crise militaire et humanitaire, le Canada ne comptait absolument pas.

Et il n'est pas difficile de comprendre pourquoi. Sous le gouvernement conservateur de Stephen Harper, le Canada s'est aligné si fortement dans le camp des amis d'Israël qu'il a perdu à peu près toute crédibilité dans le camp arabe, que ce soit les Palestiniens ou même l'Égypte. Les militants armés du Hamas, qui combattent du côté de Gaza, sont à peu près discrédités comme de vils terroristes et les Frères musulmans, derrière l'élection de M. Morsi, sont une presque aussi dangereuse organisation.

Difficile de positionner le Canada au milieu des belligérants lorsque le premier ministre Harper défend une théorie aussi binaire des affaires internationales. Difficile aussi de ne pas l'associer à la vision du monde de l'ex-président américain George W. Bush pour qui la Terre était divisée entre ceux qui étaient de son côté, et les autres.

Empruntée un peu aux Américains d'obédience républicaine, cette nouvelle réalité dans la politique étrangère du Canada fait en sorte que l'unifolié ne représente plus, depuis l'ère conservatrice, un symbole de dialogue, un signe d'apaisement, un espoir de paix.

Au contraire, M. Harper et M. Baird ont rappelé la position canadienne depuis une semaine. Ils ont martelé la légitimité d'Israël de défendre son territoire et le droit de se défendre contre les attaques à la roquette venant du côté palestinien. Mais ils ont bien gardé de mettre le premier ministre d'Israël, Benyamin Nétanyahou, qu'une escalade militaire de son pays à l'endroit du peuple palestinien à Gaza pourrait envenimer les relations avec le Canada. Le message s'est plutôt limité à encourager M. Nétanyahou à réduire au maximum les victimes civiles.

Cet épisode au Proche-Orient survient par ailleurs alors qu'un document de travail émanant du ministère des Affaires étrangères définirait la future politique étrangère canadienne. Le rôle de missionnaire de la paix et de leader des valeurs démocratiques et des droits humains y serait passablement absent, au profit de la défense des intérêts économiques. Doit-on se surprendre alors de la rhétorique pro-Israël des derniers jours, des dernières années ?

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