Le budget de la réalité

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Pierre Jury
Le Droit

Budget des espoirs déçus? Mauvais budget? Budget des fausses représentations? Budget ambitieux? Les réactions au premier budget du gouvernement Marois vont dans toutes les directions. Étonnamment, ceux qui ont aidé le Parti québécois à se faire élire, quoique minoritaire, sont les plus critiques. Et ceux qui ont combattu le PQ... sont les plus satisfaits.

C'est le monde à l'envers. Mais la bonne réponse est: le budget de la réalité.

Les gens d'affaires qui avaient souhaité que le nouveau gouvernement soit renversé dès ses premières semaines sont maintenant heureux, ou à tout le moins, satisfaits du virage péquiste, car c'en est un que la première ministre Pauline Marois vient d'imprimer à son parti.

Ce virage emprunte un gros élément de la stratégie de la Coalition Avenir Québec (la réduction de 2000 postes à Hydro-Québec), mais surtout, il est à peu près calqué sur celui des libéraux, au printemps 2012. Avec des amendements substantiels, mais somme toute, les Québécois ont devant eux un budget très libéral d'esprit. Au-delà de leurs réactions officiellement politiques, les libéraux doivent être (en privé) très heureux de constater que les avenues qu'ils avaient identifiées, en mars dernier, ont été à peu près confirmées huit mois plus tard par leurs adversaires péquistes... ceux-là même qui criaient au meurtre et au scandale devant le dernier budget de Raymond Bachand.

Bienvenue dans la réalité, Mme?Marois.

La nouvelle première ministre a eu beau s'époumoner depuis quelques années, elle constate qu'une fois du côté du pouvoir et les deux mains sur le volant, le portrait est bien différent.

En campagne électorale, Mme?Marois et ses troupes avaient donc juré de tout faire différemment. Au plan social, ils ont plus de latitude pour faire plaisir, comme aux étudiants du «Printemps érable» qui obtiendront leur sommet sur l'éducation postsecondaire, ou aux environnementalistes qui ont obtenu la fin de la filière nucléaire avec la fermeture de Gentilly 2. Mais au plan financier, les Québécois sont devant un virage péquiste assez exceptionnel. Un virage dicté par la réalité, par la situation économique difficile de la Belle Province qui limite les marges de manoeuvre, un portrait financier qui ne permet absolument pas à un gouvernement minoritaire de dévoiler sa vraie nature.

Nous nous doutons bien que ce budget du PQ n'est pas conforme à leurs vraies orientations. S'ils avaient eu une majorité et quatre années de coudées franches, Mme?Marois et son ministre des Finances, Nicolas Marceau, auraient été plus téméraires. Mais minoritaires, ils ont donc été coincés à faire un peu comme les libéraux, mais de façon un peu plus humaine. Pas d'abolition de la taxe-santé mais une nouvelle modulation progressive (déjà connue depuis quelques semaines), une hausse de tarif d'électricité (moins importante que prévue), une politique de redevances minières repoussée à plus tard, un Fonds des générations qui est maintenu, des sociétés d'État davantage sollicitées (incluant les casinos et la Société des alcools).

Et un lot de taxes sur les «vices», considérées comme des dépenses «volontaires».

Tout en espérant une meilleure gestion des programmes gouvernementaux, à partir des grands projets d'infrastructure dont les factures ne cessent de grimper.

Les libéraux, au-delà des reproches de vitrine, ont vite laissé savoir qu'ils s'arrangeraient pour ne pas faire tomber le gouvernement Marois. Voilà aussi qui est sage de leur part. Quant à la CAQ, très minoritaire, elle peut crier sur les toits mais le virage au centre du PQ aurait été impossible sans leur message d'austérité budgétaire que leur chef François Legault martèle ad nauseam.

Nous pouvons par ailleurs nous interroger sur l'urgence de déposer un budget dès novembre, plutôt que dans trois ou quatre mois. À la lumière de ce budget, il n'y avait aucun empressement à avoir.

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