Des solutions de bout de chandelle

Partager

Pierre Jury
Le Droit

L'appel d'une ambulance est un service essentiel et la perspective d'une potentielle rupture de service en Outaouais devrait alerter les pouvoirs publics afin de prévenir toute perturbation. Est-il nécessaire de rappeler que les conséquences non pas d'une interruption, mais d'un simple délai indu, peuvent être tragiques?

L'Outaouais - allez savoir pourquoi - n'a pas toutes les ressources ambulancières dont il a besoin. Les paramédics de l'Outaouais peuvent ainsi faire appel à leurs collègues d'Ottawa lorsque la demande dépasse la disponibilité d'ambulances. Mais cette sortie de secours a des limites. Les autorités ontariennes ont ainsi annoncé, l'an dernier, qu'elles plafonnaient à 50 le nombre de prêts de service en Outaouais. Une moyenne d'une fois par semaine, donc.

Cette limite artificielle approche à grand pas: les ambulances ontariennes ont traversé la rivière des Outaouais 48 fois en 2012... et avec six semaines à faire encore cette année, les services ambulanciers en Outaouais sont sur une corde raide. Les 31 véhicules de la Coopérative des paramédics de l'Outaouais ne suffisent pas.

Il est simpliste de juste souhaiter qu'une ou deux ambulances de plus suffisent à répondre à la demande. Peut-être que cela répondrait à la demande. Mais l'ajout de ressources spécialisées ne se fait pas en criant ciseau. Peut-être que cette option pourrait être en place à la fin de 2013, pour éviter de se retrouver dans le même pétrin en novembre prochain.

Le ministre Stéphane Bergeron, responsable de l'Outaouais au cabinet de Pauline Marois, avait été vague dans ses intentions à ce sujet mais avait au moins confié qu'il s'informerait des solutions temporaires qui étaient à la portée du gouvernement. Il est évident que son nouveau gouvernement ne voudrait pas se retrouver dans les manchettes parce qu'un malade est décédé en attendant l'ambulance...

Finalement, l'Agence de la santé et des services sociaux de l'Outaouais et la Coopérative des paramédics ont annoncé cette semaine qu'une des solutions temporaires, aussi appelées «plans de contingence», consiste à prendre à Pierre pour satisfaire Paul. Autrement dit, prendre l'ambulance de Chénéville et l'affecter en zone urbaine. Ils espèrent aussi accélérer le boulot des ambulanciers lorsqu'ils arrivent aux urgences.

Allez expliquer aux gens de la Petite-Nation - et à tous les blessés des centres de ski des Collines-de-l'Outaouais - que les délais d'attente seront augmentés au cours des prochaines semaines: pas certain qu'ils apprécieront de se garder les doigts croisés, dans l'espoir que rien de trop grave ne survienne...

Par ailleurs, pourquoi Ottawa a-t-il imposé un plafond au prêt d'ambulances? La capitale était-elle aux prises avec un risque de bris de service? Qu'est-ce qui est le plus économique pour l'Agence: augmenter ses ressources ambulancières ou se fier sur son «filet de sécurité» ontarien? Est-il possible que les ambulanciers de l'Outaouais aient interféré auprès de leurs collègues ontariens afin d'imposer un plafond... qui leur permettrait de justifier l'ajout de véhicules et de paramédics en Outaouais québécois? A-t-on pensé que la population de l'Outaouais est celle qui pourrait payer le prix d'un tel jeu politique, s'il a réellement eu lieu?

Évidemment, tout le principe de l'autosuffisance des ressources en Outaouais s'arrime avec le principe, énoncé dès les années 1970, du rapatriement des clientèles québécoises sur leur territoire. Ce principe a permis à Gatineau de se doter de nouveaux services de santé, de développer ses propres ressources en français, pour sa population.

La voie du rapatriement des clientèles doit se poursuivre, même être encouragée. Mais cela se heurte, en bout de course, au principe de réalité: toutes ces ressources coûtent cher et le gouvernement Marois est en train de réaliser la situation financière difficile du Québec. Pour ce qui est de leurs promesses électorales, il fera tout pour livrer la marchandise. Pour l'administration courante, le Québec est confronté à des solutions de bout de chandelle. Comme celle de l'ambulance de Chénéville déplacée en zone urbaine.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:1609999:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer