«Drill, Pauline, drill?»

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Pierre Jury
Le Droit

Pauline Marois a joué les deuxièmes violons dans l'actualité politique, vendredi, pendant que Gilles Vaillancourt confirmait sa démission après 23 années à la mairie de Laval sous une pluie d'allégations de corruption. Pourtant, ses propos endossant la prospection et l'exploitation pétrolière dans le golfe du Saint-Laurent pourraient être bien plus significatifs pour les Québécois qu'un maire déchu, fut-il roitelet de sa banlieue.

Le discours de MmeMarois devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain a fourni à date le plus solide appui à l'exploitation de cette ressource controversée.

Vrai, ce n'était pas un changement de discours pour MmeMarois. Elle a été conséquente avec ses sorties publiques sur le sujet depuis plusieurs mois. Mais elle est maintenant première ministre du Québec et le poids de ses paroles a gagné en importance.

Pauline Marois a présenté des éléments de son plan économique et elle a endossé de façon très nette l'exploitation des ressources pétrolières au Québec.

«Il faut amorcer notre transition vers les énergies propres, a engagé la première ministre, mais pour la période de transition et pour assurer notre demande résiduelle, le Québec ne doit pas hésiter à exploiter son propre potentiel pétrolier.»

Étonnamment, Martine Ouellet, la nouvelle ministre des Ressources naturelles, s'est déclarée en accord avec cette avenue. Pour le gaz de schiste, pourtant, elle n'avait pas perdu une seconde pour jeter un doute sur la capacité de l'exploiter de manière vertueuse.

Dans le golfe du Saint-Laurent, à proximité des îles de la Madeleine et Anticosti, le sous-sol marin pourrait receler quelque 30 milliards de barils de pétrole. À 100$ le baril au cours actuel, le Québec dormirait sur un potentiel de 3000 milliards$. Mais cette exploitation n'est pas sans risque. Le golfe est un milieu fragile et délicat; l'extraction en eau froide est plus difficile que dans le golfe du Mexique, par exemple. Plusieurs appellent à la prudence, voire à l'interdiction de l'exploitation, comme la Fondation David Suzuki.

Le gouvernement du Parti québécois est torturé par l'attrait financier de cette manne. Dans ses rangs, plusieurs citent la Norvège et tous ses programmes sociaux que le pétrole de la mer du Nord lui a permis de se doter. Maintenant que le PQ a tous les chiffres du budget québécois sous les yeux, il réalise bien que les coffres sont plus vides qu'il ne le croyait. Le potentiel pétrolier de la Belle Province est peut-être un début de baguette magique pour régler l'imbroglio financier.

Évidemment, les ardeurs québécoises seront tempérées par la frange environnementaliste réfractaire à toute activité industrielle qui pourrait mettre en péril la nature du Québec. Peut-être que même son ministre de l'Environnement, Daniel Breton, sera du lot.

Enfin, un autre facteur se profile à l'horizon en faveur de l'exploitation de cette ressource: le gouvernement fédéral. D'ici deux ans, Ottawa doit revoir la méthode de calcul de la péréquation. Dans la somme des revenus des provinces, Stephen Harper pourrait proposer d'inclure le «potentiel» de revenus de ressources naturelles, qu'elles soient exploitées ou non. Si le fédéral estimait, juste à titre d'exemple, que le Québec pourrait tirer 2 milliards$ par an de son potentiel pétrolier et gazier, il serait ainsi justifié de réduire d'autant le paiement de péréquation au Québec.

Alors plutôt que de perdre 2 milliards$ en péréquation, Québec se verrait un peu forcer la main pour les trouver.

Il ferait sans doute plaisir à M.Harper de démontrer au reste du Canada qu'il a «débranché» le Québec du «respirateur artificiel» qu'est la péréquation.

C'est un peu machiavélique tout ça. Mais c'est peut-être un autre argument derrière l'appui de Pauline Marois à l'exploitation des ressources pétrolières et gazières dans le golfe. Ce qui lui ferait dire, un peu à la manière de Sarah Palin et de son pétrole de l'Alaska: «Drill, baby, drill!»

Est-ce une bonne chose? Le potentiel vaut au moins la peine d'être étudié. Pour le reste, le Québec a le temps de voir venir.

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