Justin

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Pierre Jury
Le Droit

Au terme d'une longue réflexion, Justin Trudeau a cédé au chant des sirènes et plongé dans la course à la direction du Parti libéral du Canada. Ce n'était pas une grande surprise, car plusieurs avaient souhaité cette candidature, et de façon très publique. Il est le premier à se lancer et l'aura qui entoure son nom suffira à écarter certains qui hésitaient. Dominic Leblanc en a fourni la preuve, hier, en se ralliant au camp Trudeau.

En fait, il n'y a que bien peu de gens qui pourraient lui ravir le poste maintenant, hormis peut-être Mark Carney, le gouverneur de la Banque du Canada qui n'a toujours pas écarté l'idée de façon convaincante. L'autre candidat d'envergure est l'ex-astronaute Marc Garneau, qui jouit lui aussi d'une importante renommée mais qui a été un politicien terne et effacé depuis son entrée au Parlement en 2008.

Justin Trudeau part avec une grande longueur d'avance. Dans ces courses, comme lors des élections, la reconnaissance du nom s'avère un facteur clef. Hors de la bulle politique d'Ottawa, des millions d'électeurs se limitent à faire leur devoir citoyen d'aller voter et pour eux, les nuances idéologiques entre les principaux candidats sont assez loin de leurs préoccupations. Ils se limitent à quelques éléments de décision : l'image du candidat et quelques grandes lignes sur sa probité et ses priorités.

Le fils aîné de Pierre Elliott Trudeau jouit d'une image extrêmement positive. Bel homme, jolie épouse, beaux enfants, la famille idéale quoi. Un nom très connu compte tenu de la longue carrière de son père au 24, rue Sussex, entre 1968 et 1984 (avec une pause entre juin 1979 et mars 1980). L'aura d'un héritage politique plutôt favorable, n'en déplaise aux souverainistes qui voyaient en lui un adversaire des aspirations du Québec, et aux Albertains qui ne lui ont jamais pardonné son Programme énergétique national, en 1980.

Mais en se réclamant de l'image de son père, Justin Trudeau doit supporter les comparaisons au plan intellectuel. Il n'a pas encore fait la démonstration de son calibre. Maintenant qu'il aspire aux plus hautes fonctions au pays, il passe sous la loupe. Et tous ses gestes et toutes ses paroles seront scrutés.

Déjà, il a tout de même montré un cran qui rappelle son paternel en allant en Alberta, au lendemain du lancement de sa campagne. Il illustre ainsi qu'il n'a pas peur des défis et il n'a pas hésité un instant à prendre ses distances de la politique énergétique de son père. Il tente là de remuer un premier obstacle de son chemin.

Un autre grand test sera celui du Québec..., quoique Trudeau père ait toujours pu compter sur de larges appuis de la Belle Province. Rappelons qu'à quelques semaines du premier référendum du 20 mai 1980, le Parti libéral avait remporté 74 des 75 sièges au Québec ! (Pendant ce temps, les Québécois élisaient un gouvernement du Parti québécois à l'Assemblée nationale... incompréhensible paradoxe.) Les Québécois observeront Justin Trudeau avec attention. Le Québec a beaucoup cheminé, comme le Canada d'ailleurs, et il reste à voir comment Trudeau fils articulera sa philosophie sur la place du Québec au sein de la Confédération.

Toutes les autres questions relèvent d'une question de valeurs, faut-il comprendre des premières paroles de Justin Trudeau comme candidat à la direction. Gestion des finances publiques ? Relations canado-américaines ? Politique étrangère ? Pour le moment, Justin Trudeau se réclame des valeurs canadiennes dans lesquelles il a toujours baigné et qu'il s'emploiera à définir, croit-on, avant le congrès du parti, au début de 2013.

Pendant des décennies, la politique canadienne est un ménage à trois. Cet équilibre a été bouleversé après le rapatriement de la Constitution, l'échec de Meech, l'émergence du Bloc québécois, puis du Nouveau Parti démocratique, et la radicalisation des forces de la droite. Plusieurs Canadiens souhaitent un autre bouleversement. Et voient Justin Trudeau comme un de ses principaux acteurs.

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