Ce qui est plus étonnant, c'est de voir Pauline Marois si mal préparée.
Au cours de la troisième semaine de campagne, marquée par les débats entre les chefs, la chef du Parti québécois a été contrainte à jouer d'une position défensive sur la question référendaire et un de ses corollaires, les référendums d'initiative populaire. Elle s'est retrouvée dans une étonnante valse-hésitation... jusqu'à se mettre les pieds dans les plats.
Mme Marois a survécu à une série d'attaques personnelles, en 2011. En réaffirmant son leadership sur les purs et durs de son parti, ceux qui sont les plus pressés de déclencher l'horloge référendaire, on aurait pu croire qu'elle enterrerait pour de bon l'arme qui la rendrait vulnérable devant ses adversaires. Mme Marois a pas trop mal survécu aux questions sur le référendum : elle a rappelé qu'un gouvernement du Parti québécois en déclencherait un référendum sur la souveraineté que lorsqu'elle estimerait que son parti a de bonnes chances de l'emporter. Bref, un référendum un jour, mais sans dire quand, ni même s'engager à en tenir un au cours du mandat de quatre ans. Il y avait là suffisamment de réassurances pour apaiser les craintes des « mous » qui oscillent sur la clôture entre souveraineté et fédéralisme.
Puis les roues du carrosse ont décroché quand François Legault, de la Coalition Avenir Québec, l'a forcée à lever le voile sur une disposition méconnue, le référendum d'initiative populaire, que le PQ a endossée en 2011. Mme Marois n'avait comme pas eu le choix d'en accepter le principe ; quelques députés péquistes venaient de quitter le navire, et d'autres menaçaient son leadership. Comme Bernard Drainville.
Les référendums d'initiative populaire ne sont pas une invention récente. Il s'agit d'un outil légitime issu du courant de démocratie participative, ou populaire. Ils prennent plusieurs formes et plusieurs noms. Aux États-Unis, y sont apparentés les procédures de « recall », qui ont permis de destituer des politiciens dont les gestes ont irrité suffisamment de leurs commettants. En Suisse, ils permettent aux citoyens d'exercer un droit de veto contre certaines décisions. Ils ne sont pas un apanage que des adeptes de la gauche qui souhaitent la décriminalisation des drogues, par exemple. Au contraire, plusieurs militants de droite, comme ceux du Tea Party américains, apprécient cet outil ont permis tout aussi bien d'interdire les hausses d'impôt, par exemple.
Au Québec, où tant d'initiatives politiques sont perçues dans le continuum souveraineté-fédéralisme, plusieurs ont sauté à la conclusion que le référendum d'initiative populaire pourrait servir à des militants souverainistes pressés qui s'en serviraient pour forcer la main, pour ainsi dire, au gouvernement. Cela peut évidemment être le cas, mais ce « nouveau » pouvoir citoyen peut tout aussi bien être encadré. Et c'est précisément là que Pauline Marois n'avait pas fait ses devoirs. De façon incompréhensible. S'en est évidemment suivi un concert d'affirmations et de contradictions qui ont fait passer la chef du PQ pour une politicienne mal préparée, otage de sa frange de « caribous » pressés à provoquer un autre référendum.
Pauline Marois ne pouvait craindre pire scénario à 10 jours du vote. Empêtrée à corriger les conclusions auxquelles les « mous » auront sauté. Ce qui explique son empressement à tenter de changer de sujet, hier, en dévoilant le cadre financier de ses promesses électorales.
Si Jean Charest était coincé à jouer sur la défensive sur la question de l'éthique, il a maintenant en Pauline Marois une collègue sur les lignes de côté.
Il reste dans tout cela à voir comment François Legault saura harnarcher la volonté de changement des Québécois. Il a lui aussi 10 jours pour en faire la démonstration.