Comme si la pensée conservatrice, qui nie les changements climatiques et nie avec encore plus de véhémence le rôle de l'humain dans ces changements, avait relégué sur les lignes de côté tout le discours d'antan. Il n'y a que les plus convaincus à encore protester contre les politiques conservatrices, les David Suzuki et autres Steven Guilbeault de ce monde, mais c'est comme ils n'étaient plus que des voix discordantes.
Les négationnistes canadiens du climat ne se cachent plus pour mettre en doute le discours de ceux qui craignent la direction du pays sur les questions environnementales. Cette semaine, ils les accusaient de délusion, de croire encore que le monde peut se donner la main pour combattre les changements climatiques, comme ils ont tenté de le faire à Rio de Janeiro, cette semaine, sous l'égide des Nations unies.
Comme le discours du Canada a changé depuis 20 ans ! Stephen Harper a presque réussi à le balayer totalement sous le tapis. Il a fallu quelques âmes éclairées pour rappeler que c'était un gouvernement progressiste-conservateur, celui de Brian Mulroney, qui avait été au-devant de la prise de conscience mondiale sur les changements climatiques. Un Canadien, Maurice Strong, avait dirigé les travaux. Les provinces et toute la société civile du Canada avaient été invitées à participer au premier sommet de Rio et à présenter une position nationale commune.
Vingt ans plus tard, le gouvernement a délaissé son aile progressiste et n'est plus que conservateur. Plusieurs des 193 pays sont représentés à Rio par leur chef d'État ; M. Harper a mieux à faire (?) et n'a délégué que le ministre de l'Environnement, Peter Kent, qui joue à l'empêcheur de tourner en rond. La société civile a été écartée du processus. Les groupes environnementalistes ont été dénigrés, bafoués, et lorsque possible, leur financement a été étranglé. Quand ils n'ont tout simplement pas été abolis, comme la Table ronde nationale sur l'environnement et l'économie, créée elle aussi par M. Mulroney, qui a passé dans le tordeur du dernier budget de M. Harper. Les environnementalistes crient autant aujourd'hui... mais à micro fermé.
Il n'est plus permis de dire que les glaciers fondent, que la calotte glaciaire s'amenuise, que l'eau arctique se réchauffe, malgré les preuves qui le démontrent. Il est encore moins permis de dire que l'homme en est responsable. Et il est carrément interdit de soulever quelque doute que ce soit à propos de l'industrie pétrolière de l'Ouest canadien, même les polluants sables bitumineux : c'est attaquer un moteur économique national, c'est diviser le pays, c'est mettre en péril nos emplois, nos familles, notre modèle de société.
Par chance, il reste encore des voix indépendantes. Étonnamment, elles viennent de l'étranger. L'Europe « ne reconnaît plus » le Canada qui avait été un moteur de progrès à Rio en 1992. Aujourd'hui, des gens comme Daniel Cohn-Bendit s'intéressent au Canada pour reprocher au gouvernement conservateur de M. Harper ses politiques égoïstes, destructrices de toute tentative d'une action collective qui pourrait encadrer les dommages environnementaux.
Aujourd'hui, le Canada bloque toute initiative de progrès sous prétexte que cela peut nuire à notre économie. Comme les États-Unis le faisaient auparavant ; nous sommes les nouveaux Américains, sans la population ni la force économique.
Tout cela est d'autant plus énigmatique que le Canada est l'un des pays les plus vulnérables aux changements climatiques, l'un des premiers pays qui les constateront.
Nous étions à l'avant-scène. Aujourd'hui, derrière, à saboter toute discussion progressive. Stephen Harper, en six ans, a relevé son pari.