D'autres raisonsde se faire haïr

Pierre Jury
Le Droit

En prenant la relève de Line Beauchamp au ministère québécois de l'Éducation, Michelle Courchesne a hérité d'un énorme dossier et la ligne dure qu'elle tente de faire respecter au nom de son gouvernement a tout pour susciter plein de réactions négatives à son sujet.

Le conflit étudiant est à un niveau : comme ministre, il faut parfois défendre des positions gouvernementales difficiles.

Mais se défendre contre des blâmes sévères du vérificateur général, voilà qui est plus difficile encore. Difficile parce que l'on ne peut pas gagner.

Et les tentatives de la ministre Courchesne d'attaquer la crédibilité de l'institution qu'est le Bureau du vérificateur général n'ira pas loin. Le vérificateur n'a pas compris, croit-elle ? Et si c'était Mme Courchesne qui n'avait pas compris la différence entre le pouvoir discrétionnaire des ministres et l'éthique en politique ?

Les vérificateurs généraux, ceux des provinces, du fédéral ou même des municipalités, n'ont pas l'habitude de distribuer des blâmes à la légère. Ils ne sont pas des partis d'opposition qui tentent de marquer des points auprès de l'opinion publique en lançant des claques à l'endroit du gouvernement. Ils font leur travail avec circonspection, ne ménagent aucun effort pour aller au fond des choses. Ils donnent même à tous les décideurs - politiciens comme fonctionnaires responsables de programmes - l'occasion de répondre publiquement. Ce n'est qu'à la suite de tout ce processus, qui s'étire sur des mois, que le vérificateur général hausse le ton.

Il est alors assez gonflé de la part de la ministre d'attaquer la crédibilité de ses rapports... puisque c'est à deux reprises qu'elle a été blâmée. D'abord pour le fait que c'est son bureau politique qui faisait l'analyse préalable des demandes du Programme de soutien aux infrastructures sportives. Entre 2007 et 2010, quelque 500 demandes sur 900 ont été acceptées et des 363 millions $ ont été dépensés dans des infrastructures décidées selon des critères plus politiques qu'administratifs. La réplique de la ministre à l'effet qu'« on ne peut pas enlever totalement [le] pouvoir discrétionnaire aux ministres » ne tient pas la route. Le politique établit les critères, l'administration s'assure qu'ils sont suivis. Puis le politique revient pour en faire l'annonce, si le coeur lui en dit. Mais il doit exister un mur étanche entre les deux structures et la ministre, comme d'autres libéraux avant elle, semblent avoir de la difficulté à faire la différence.

Six mois plus tôt, Mme Courchesne avait été ciblée pour le processus d'attribution de 18 000 places en garderie, en 2008. Encore là, des amis du régime en auraient profité de façon indue.

Parallèlement à ces deux incriminants blâmes, l'opposition a profité de ces deux douches froides sur la ministre pour ramener à l'avant-scène le fait que des écoles confessionnelles bénéficient encore de l'appui financier de l'État, alors qu'elles ne respectent toujours pas le régime pédagogique du Québec. Cela, même si Michelle Courchesne avait fixé la date butoir de septembre 2009. Trois ans plus tard, rien n'a changé... et le Parti libéral du Québec continue de profiter des dons de certains dirigeants de ces écoles.

La Coalition Avenir Québec et le Parti québécois tentent évidemment de profiter des déboires de la ministre. Doit-elle démissionner ? Si le Québec venait tout juste d'aller en élection, la question ne se poserait même pas. Il serait intenable qu'une politicienne avec un si lourd passé puisse impunément diriger un ministère pendant trois ou quatre ans. Le premier ministre devrait obligatoirement lui demander de céder sa place, non pas le temps d'une enquête - puisqu'elles sont terminées, dans le cas du vérificateur général - mais pour réfléchir sur l'éthique en politique.

Mais le gouvernement en est sur ses derniers milles. Exclure une ministre alors que les libéraux devraient déclencher des élections générales dans quelques jours ou quelques semaines, voilà qui est bien inutile. Le Québec peut vivre avec les problèmes de Michelle Courchesne encore un peu. Et l'électorat décidera de son sort et de celui de son gouvernement dans un bref délai.

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