Le premier geste consiste en un document de réflexion dont LeDroit publie des extraits en exclusivité aujourd'hui, signé par 25 Gatinois de divers horizons. Ces idées, espèrent les deux hommes, susciteront suffisamment de curiosité et d'adhésion pour que les premières étapes du lancement soient appuyées par plusieurs dizaines de personnes, dans un premier temps, et que la boule se mette à rouler à partir de là...
Ce document résume les idées-forces du nouveau parti. Y figurent des souhaits comme la consultation populaire, moins de tracasseries administratives, plus de partenariats avec le secteur de l'éducation, la décentralisation, la densification urbaine, et une municipalité active dans plusieurs domaines, tant au niveau local qu'au-delà. Sauf pour les ardents défenseurs de la droite qui souhaitent des gouvernements plus petits et moins ambitieux, la majorité de ces plans d'avenir pour la Ville de Gatineau ne sont pas nouveaux. Les candidats les plus sérieux aux élections municipales des 10 dernières années - Marc Bureau et Yves Ducharme compris - seraient même probablement d'accord. Tout est dans le dosage : un peu plus de ceci, un peu moins de cela, mais, pour l'ensemble, il ne sera pas difficile de dégager un assez large consensus autour d'une telle ébauche de programme politique.
(Et une dose de réalisme politique. M. Pedneaud-Jobin veut donner au nouveau parti les coudées assez franches pour « gérer l'exception » aux politiques englobantes. À terme, tout peut devenir une exception... et les promoteurs immobiliers feront la queue à son bureau, s'il est élu, pour réclamer une « exception » pour leur projet. Comment cela se gérera-t-il ?)
Mais l'envers de cette logique consensuelle a aussi son importance. Si les principaux candidats à la mairie étaient d'accord avec le programme que mettent de l'avant MM. Pedneaud-Jobin et Psenak, ce document ne fournit pas beaucoup d'armes pour s'en différencier. Et des différences nettes sur des enjeux cruciaux, voilà ce qui s'avère le nerf de la guerre. Les candidats doivent se démarquer les uns des autres, dire des choses différentes sur des questions qui touchent profondément les électeurs. Sinon, ces derniers ne sauront pas pour qui aller voter, et/ou ne se donneront pas la peine d'exprimer leur choix citoyen.
Une chose est sûre, le moment est bien choisi. À 18 mois des prochaines élections à Gatineau, il y a là juste assez de temps pour bâtir une organisation partisane, étoffer un programme électoral, choisir un chef - Maxime Pedneaud-Jobin part avec une bonne longueur d'avance - et orchestrer une campagne qui effrayera les candidats qui pourraient diviser le vote comme à l'élection de 2009. L'objectif est de n'avoir que deux solides candidatures sur le bulletin de vote municipal, parce que tous les autres auront conclu qu'il est trop tard pour rattraper l'avance du maire sortant Marc Bureau - il se représentera, ne croyez-vous pas ? - et du candidat du « Parti Gatineau » (faute d'un autre nom).
Cela fait quatre ans que M. Pedneaud-Jobin travaille à cette idée. D'abord autour d'une réflexion partisane, le Projet Gatineau de 2008. Puis, au sein du « groupe des 5 » candidats au conseil municipal de 2009, avec Mireille Apollon, Nycole Turmel et Pierre Ducasse. Ces deux derniers ont été battus mais tous partageaient quelques idées de base qu'ils entendaient porter collectivement, s'ils étaient élus.
Aujourd'hui, M. Pedneaud-Jobin tente de bâtir une coalition plus vaste encore. De cinq à 25 signataires, et d'horizons plus larges encore avec des gens comme le conseiller Luc Angers, proche de la Coalition Avenir Québec, ou l'ex-candidat libéral Greg Fergus.
Il n'existe pas de « modèle » politique municipal au Québec, pas plus dans le reste du pays. Certaines villes ont des partis municipaux, d'autres non. Gatineau emboîte aujourd'hui le pas vers un parti, ou plutôt, tente l'expérience une nouvelle fois, après celle avortée de John Luck, en 1977.
Chaque pas sera important. La démocratie municipale est sous observation.