La loi n'avait pas encore été promulguée que déjà des références à la désobéissance civile se faisaient entendre, notamment par le député Amir Khadir, de Québec solidaire, et Gabriel Nadeau-Dubois, le porte-parole de la CLASSE, le regroupement étudiant et syndical le plus militant.
Évidemment, il en est beaucoup - et particulièrement dans le camp qui appuie toujours le gouvernement - à discréditer tout ce discours de désobéissance civile que certains associent avec l'infraction consciente d'une loi parce qu'elle s'avère trop injuste. Jusqu'à vendredi, cette rhétorique étudiante n'avait pas grand traction au sein de la population. Mais en voulant baliser le droit de manifester dans les rues du Québec, le gouvernement de Jean Charest a dégarni ce flanc. La logique du bon gouvernement, ou du moins, celui du gouvernement qui veut agir de façon responsable avec les finances publiques, lui échappe.
La désobéissance civile est un concept relativement récent - quelque 150 ans depuis les écrits de l'Américain Henry David Thoreau - mais dont la genèse remonte à l'Antiquité, à Sophocle, Socrate et leurs contemporains, de La Boétie à Martin Luther King, en passant par Léon Tolstoï et Mahatma Gandhi.
Dans une de ses définitions, celle du philosophe américain John Rawls, la désobéissance civile est « un acte public, non violent, décidé en conscience, politique, contraire à la loi, accompli pour amener un changement dans la loi ou la politique du gouvernement ». La négociation doit avoir été épuisée. S'exclut aussi de facto tout geste destructeur, et elle serait réservée à la lutte pour des questions fondamentales, déterminantes de la démocratie.
Les étudiants avaient peine à invoquer la désobéissance civile quand il ne s'agissait « que » des frais de scolarité, ou même de la question plus large de la gratuité scolaire. Mais maintenant, c'est le droit d'association qui est encadré, voire « menacé ». Et toute contestation judiciaire est virtuellement caduque compte tenu des délais de nos tribunaux et que la loi expirera dans un an.
À la suite du départ subit de Line Beauchamp, l'entrée en scène de Michelle Courchesne comme nouvelle ministre de l'Éducation a correspondu à un durcissement des échanges et au dépôt du projet de loi 78. Par bonheur, les forces policières n'ont pas semblé suivre cette voie, à la manifestation d'hier. Ils ont réagi avec calme et n'ont pas procédé à l'arrestation de milliers de manifestants parce qu'ils n'ont pas suivi le trajet communiqué aux autorités.
Cette démonstration de compréhension illustre qu'il reste toujours une porte de sortie vers un règlement négocié. À l'aube d'une 14e semaine de tensions, l'heure n'est plus à la médiation, que LeDroit suggérait dès les premiers jours d'avril. La ministre Courchesne a rappelé hier que la porte de son gouvernement était ouverte à la discussion, ce qui n'a pas toujours été le cas.
Mais l'initiative doit venir de plus haut encore, du premier ministre Jean Charest. Il doit mettre son acrimonie de côté et poser un geste d'ouverture. Cela ne signifie pas de tourner le dos à ses politiques d'austérité, mais de donner l'impulsion à une reprise des discussions. L'entente avortée du 5 mai a montré la voie de la résolution. Il est possible d'y retourner. Cela vaudra mieux que les tactiques d'affrontement pour lesquels les étudiants ont réussi à démontrer une imagination pacifique hors du commun.