Le changement de régime en France tient bien davantage aux relents de la récession de 2008 et de la crise de l'euro qui a suivi en Europe. En ce sens, M. Sarkozy en est une « victime collatérale » qui paye le prix des problèmes de l'Europe unifiée et de sa monnaie commune qui traverse ces années-ci la pire crise de sa jeune histoire. Ainsi, rares sont les pays d'Europe qui ont traversé des élections sans assister à un revirement de politique. L'Irlande, l'Italie, l'Espagne, la Grèce, le Portugal, la Serbie et la Finlande - sans parler de l'Angleterre, qui est hors de la zone euro. Les seules exceptions notoires sont la Pologne, la Suède, la Roumanie, la Lettonie et l'Estonie.
Grosso modo, les pays plus à gauche ont viré à droite, et les pays à droite ont viré à gauche. La France n'a donc pas été épargnée.
En Europe, plusieurs des 17 pays qui partagent la monnaie commune qu'est l'euro avaient profité de la force de la devise pour vivre « sur le bras », certains passant outre aussi aux politiques de saine gestion des finances publiques. Des échéances économiques et politiques ont signalé la fin de la récréation pour ces pays qui en paient aujourd'hui un fort prix. Et les chefs de ces gouvernements en sont certaines des victimes, certainement parmi les plus visibles.
Nicolas Sarkozy avait un plan ambitieux en 2007 de redressement des finances publiques et de réformes sociales. La récession, puis la crise de l'euro, sont venus contrecarrer ses plans. Au mieux a-t-il pu ralentir la croissance du passif français. Mais c'est surtout sa personnalité abrasive (la « racaille » des banlieues, son mémorable « tasse-toi, pauv' con ! »), ses accointances avec les riches (le dîner de la victoire au Fouquet's, en 2007) et son intérêt pour le clinquant (le président « bling-bling ») qui ont perpétué dans l'esprit de plusieurs qu'il dirigeait le pays pour ses amis et pour l'apparence que pour améliorer le sort des Français. Son discours de capitulation, magistral de retenue et de diplomatie, aura été son plus récent effort de corriger cette impression. Mais pendant la campagne, il n'aura pas su être le candidat inspirant de 2007.
Alors au président bling-bling succède un président que l'on n'attendait pas vraiment, un homme de l'ombre et fidèle du Parti socialiste qui a profité du vide provoqué par le forfait du libidineux Dominique Strauss-Kahn.
Le balancier de l'opinion publique balance souvent trop d'un côté et trop de l'autre et les Français ont préféré le programme terne et sans signe distinctif d'un politicien à cette image, terne et sans signe distinctif. Il devrait évidemment être plus à gauche que son prédécesseur (investissement en éducation, imposition des grandes fortunes) mais pour la vraie substance, il faudra attendre. L'avenir dira s'il réussira à remettre la France sur les rails en misant sur la croissance plutôt que la droite qui propose le faire par des mesures d'austérité. Tant mieux si ça lui réussit mais personne ne retiendra son souffle jusqu'à ce qu'il rééquilibre les finances publiques, ce que la France n'a pas réussi à faire depuis 1974, ou à faire baisser le chômage sous la barre des 7 %.
Certes, la France de 2012 n'est pas celle de François Mitterrand qui accédait à la présidence il y a 31 ans aujourd'hui, en 1981. Les économies mondiales sont plus intégrées que jamais, l'euro force une collaboration insoupçonnée à l'époque où M. Hollande travaillait auprès de M. Mitterrand. D'ailleurs, le nouveau président n'a pas le bénéfice du temps et dès les prochains jours, il sera auprès de la chancelière allemande Angela Merkel, puis au G-8 et à l'OTAN. Les pressions internationales seront de toute part. Et indiqueront l'ampleur de la tâche qui attend François Hollande.