L'injonction n'a rien réglé

Pierre Jury
Le Droit

La voie des tribunaux que certains opposants à la rébellion de 200 000 étudiants des collèges et universités du Québec ont emprunté n'a de toute évidence pas fonctionné. L'outil-matraque que se promettaient d'être les injonctions juridiques n'a pas donné les résultats escomptés. Au contraire !

L'injonction présentée par une cinquantaine d'étudiants, la semaine dernière, et avalisée par la Cour supérieure, a mené aux pires affrontements autour de l'Université du Québec en Outaouais depuis le début du conflit.

Les étudiants qui appuient le boycott ont refusé le verdict de la cour. Lundi, ils ont investi le campus du boulevard Alexandre-Taché et se sont barricadés à l'intérieur, bloquant du même coup l'accès à leurs collègues de classe qui pensaient que l'injonction suffirait à apaiser la colère étudiante. Les forces de l'ordre, affichant une tolérance justifiée, ont adopté la stratégie de guerre lasse : après plusieurs heures, la protestation s'est essoufflée par des appels au calme et la menace voilée d'une intervention plus musclée.

Mardi, les protestataires ont augmenté la pression. Ils étaient encouragés en ce sens par une poignée de professeurs. La tension était plus palpable.

Hier, une autre recrudescence, alors que l'UQO a fait appel à la Police de Gatineau pour faire régner l'ordre aux entrées et à l'intérieur des murs. Il y a eu quelques regrettables échauffourées avant que la protestation se retrouve à l'extérieur, jusqu'à la promenade du Lac-des-Fées. La Sûreté du Québec a dû prêter main-forte aux policiers municipaux. Plus de 160 personnes, des étudiants surtout mais quelques professeurs aussi, ont été arrêtées. La plupart recevront des contraventions de 444 $ pour entrave à la circulation.

À l'université a régné au cours des derniers jours un climat totalement à l'opposé de celui que l'on associe aux études supérieures, à la réflexion, à la libre circulation des personnes et des idées, bref, à la recherche du savoir. Parlons plutôt d'intimidation de la part de certains favorables au boycott des cours, et même de l'encouragement de la part de certains professeurs.

Certains lancent des appels à « prendre les mesures qui s'imposent ». Mais lesquelles ? On n'apprend pas avec un fusil sur la tempe ou dans une ambiance de tension perpétuelle.

Il n'y a pas plus de sens de vouloir contrôler les entrées pour bloquer tous les étudiants qui arborent le carré de tissu rouge qui symbolise la lutte contre le dégel des frais de scolarité n'a aucun sens. La liberté de parole existe toujours. LeDroit a grosso modo défendu la position du gouvernement du Québec dans le conflit, parce que les finances publiques ne le permettent pas, parce que les universités québécoises font face à un étranglement de leurs revenus alors que les attentes à leur endroit ne cessent d'augmenter. Mais LeDroit défendra bien plus énergiquement encore la liberté de parole, un des droits les plus fondamentaux qui existe. La police et les agents de sécurité doivent sortir des murs de l'UQO et les libertés civiles doivent y avoir libre cours.

Cela ne ramènera pas pour autant la paix sociale dans le milieu universitaire. Devant l'impasse qui s'éternise et les tensions marquées entre les leaders étudiants et le gouvernement du Québec, LeDroit a avancé l'idée d'une médiation indépendante dans l'espoir de reprendre un dialogue qui fait atrocement défaut.

Le gouvernement a posé un certain nombre de gestes d'ouverture sur des dossiers que les étudiants eux-mêmes ont soulevé comme problématiques : l'impact du dégel sur l'accessibilité des études supérieures et sur la gestion des universités.

Les solutions sont en grande partie maintenant entre les mains des étudiants. Notamment la majorité silencieuse qui ne se présente pas aux assemblées générales ; par son attitude, elle permet à quelques centaines d'étudiants de l'UQO, dans le cas de l'Outaouais, de gagner les votes favorisant la poursuite des moyens de pression. À cette majorité silencieuse maintenant de s'exprimer. Et si se présenter dans une salle hostile les intimide, qu'ils aient une pensée pour le Kenya ou la Côte d'Ivoire, par exemple, où voter était risqué pour sa vie.

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