Il est facile de lire dans les intentions du gouvernement de Jean Charest une volonté de rompre l'unité mobilisatrice du mouvement étudiant dans ce conflit qui est maintenant le plus long de l'histoire.
Le Québec et le mouvement étudiant approchent d'une date-butoir au-delà de laquelle il devient extrêmement difficile de compléter la session d'études. Cela varie d'institution en institution, de département en département, de programme en programme. Les étudiants qui doivent participer à des stages coop seront mal vus d'arriver dans le milieu du travail avec six ou sept semaines d'apprentissages de moins dans le corps. Au-delà de certaines dates, certains stages ne seront tout simplement plus disponibles. Des programmes nécessitant des équipements coûteux ou limités en nombre ne peuvent peut-être pas se poursuivre en juin ou juillet. Certains cours ne sont pas donnés à toutes les sessions et il ne suffit pas de dire qu'on reprendra le cours à l'été, ou à l'automne pour que tout se règle comme par magie.
Le gouvernement sait aussi cela, lui qui paie la facture de toutes ces installations, de tous ces enseignants et de tout ce personnel de soutien. Il a à perdre lui aussi à voir une session complète s'envoler en fumée dans un conflit qui oppose deux visions bien différentes de l'éducation.
Car c'est à cela que se résume le conflit étudiant. Il y a ceux qui soutiennent que l'éducation est un bien public qui devrait être gratuit, du début jusqu'à la fin des ambitions de chacun. Et il y a ceux, à l'autre extrémité, qui croient qu'au-delà du niveau secondaire, l'éducation devrait être à la charge de chaque apprenant, plus ou moins entièrement.
Au Québec existe un assez large consensus social, incluant une vaste majorité d'étudiants, à l'effet que l'éducation postsecondaire n'a pas à être 100 % gratuite ni 100 % privatisée. Il reste à négocier ce que représente la « juste part » qui reviendra à la charge des étudiants.
Le mouvement étudiant a déclenché son mouvement de débrayage parce qu'il s'oppose à la hausse de 325 $ par année, pour cinq ans, que le gouvernement Charest a annoncée. Il en a fait un enjeu d'accessibilité. Il soutient que l'augmentation de 1625 $ les frais universitaires - qui frisent déjà les 2000 $ par an - effrayera plusieurs cerveaux capables intellectuellement mais limités économiquement. Cette possibilité est bien réelle.
Et c'est exactement à cela que la ministre de l'Éducation, Line Beauchamp, tente de s'attaquer avec ses propositions dévoilées hier.
Dans un premier temps, le régime de prêts n'exigera « aucune contribution parentale (...) jusqu'à un revenu familial de 60 000 $ » et les prêts couvriront les droits de scolarité, le matériel scolaire et les frais de subsistance. Le plafond est porté à 100 000 $. Dans un deuxième temps, le remboursement des prêts sera modulé en fonction du revenu des diplômés.
Ces mesures, estimées à 21 millions $, doivent être financées par les collectes de fonds des universités ; il ne s'agit pas d'argent neuf avancé par Québec.
Il ne reste plus grand-chose dans la manche du gouvernement. Au forçail pourrait il moduler la hausse de 1625 $ sur une plus longue période, comme sept ou 10 ans.
Mais cela ne répond pas au slogan étudiant, « Non à la hausse ».
Au cours du week-end pascal, à l'approche d'une date de non-retour, les étudiants ont le fardeau de la décision sur leurs épaules. Ils feraient bien de demander un engagement écrit du gouvernement pour ces mesures. Pour le reste, ils feraient bien de voter en faveur d'une reprise des cours à la prochaine occasion, avec la satisfaction d'avoir sorti encore un peu d'eau d'une roche.
Plus de nouvelles sur ledroitsurmonordi.ca