Même ceux qui auront applaudi cette initiative contenue dans le plus récent budget fédéral du ministre des Finances, Jim Flaherty, ne se réjouiront pas de cet état de fait. Les réductions budgétaires sont peut-être bien nécessaires, et l'élimination d'emplois en est leur corollaire, mais ce n'est jamais joyeux. Une grisaille surplombait la capitale, hier. Pire, elle se poursuivra pour quelques mois encore avec des lettres similaires livrés à des employés d'autres ministères et agences. Puis après les annonces viendront la fin réelle des emplois, autant de moments difficiles.
Aucune réjouissance non plus du côté de Radio-Canada et son pendant anglophone, la Canadian Broadcasting Corporation (CBC). Là aussi, les conséquences du budget Flaherty ont été concrétisées. Ce sont 650 emplois qui disparaîtront, et 115 millions $ de l'enveloppe de 1,1 milliard $ que le fédéral consacre à son diffuseur public. L'essentiel de ces efforts seront réalisés dès la première année d'un plan d'austérité de trois ans.
Personne n'est dupe de ces coupures. Dans l'esprit d'une majorité de Canadiens, elles seront choses du passé lorsque arriveront les prochaines élections fédérales, à l'automne 2015. D'un autre côté, on peut se réjouir que le rétrécissement de l'appui fédéral à Radio-Canada ne soit que de 115 millions $, soit environ 10 %. Nous nous doutons bien que le diffuseur public compte plusieurs ennemis dans les rangs conservateurs qui y voient naïvement un nid de gauchistes-séparatistes qui s'opposent depuis des lunes au message de la droite. L'opinion face à la CBC n'est pas plus tendre; ce ne sont que les adjectifs qui changent.
La pensée binaire de certains élus conservateurs aurait souhaité un coup de hache beaucoup plus sanguinaire chez Radio-Canada/CBC. Quinze pour cent du budget? Vingt? Trente? Ou encore... a-t-on même besoin d'un diffuseur public au Canada? Les États-Unis n'en ont pas et ne s'en portent pas plus mal, non?
L'exemple est mal choisi. Nos deux pays sont trop différents, au plan culturel, malgré les ressemblances de surface (surtout pour les Canadiens-anglais). Et si Stephen Harper caresse peut-être le rêve de voir disparaître Radio-Canada/CBC, il ne le partage pas publiquement. Pragmatique, il sait qu'il doit choisir ses batailles. Et remettre une éventuelle querelle de fond sur la pertinence du diffuseur public à plus tard.
Les Canadiens, eux, apprécient en majorité Radio-Canada/CBC. Mais ils ne voient que du feu dans tous les exercices de réductions budgétaires qui se sont succédé au fil des ans. Pour eux, ce qui importe est le maintien et la qualité d'émissions-phares, surtout celles aux heures de grande écoute : les nouvelles, le hockey, quelques séries dramatiques ou humoristiques, les variétés, les émissions pour enfants, etc. C'est pourquoi la population ne fera pas de cas des changements pour un service comme Radio-Canada International, par exemple, qui ne sera plus disponible que sur Internet, et dans cinq langues au lieu de sept.
RCI est un outil né au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Il a servi à informer les Canadiens à l'étranger, les militaires surtout, puis les populations de pays totalitaires : Union soviétique, Chine, etc. Sous les conservateurs, le Canada diminue sa sphère d'influence et la dispersion de sa vision du monde, et RCI est une cible facile. Ce qui ne règle pas le problème pour les auditeurs des pays qui contrôlent l'accès à Internet!
Au pays, on entendra bien plus parler de l'élimination de Radio-Canada/CBC du service analogique pour 500 000 foyers des régions rurales, sans câble ni satellite. Ils perdront leur signal cet été. Pour eux, la grisaille sera celle sur leur écran de télévision.
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